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Théâtre Vie à vide

mars 2003 | Le Matricule des Anges n°43 | par Laurence Cazaux

Face à notre société rapide et tonitruante, Jon Fosse met en jeu les temps d’arrêt et de bascule par une langue rythmée comme un adagio à fleur de peau.

Et la nuit chante/Hiver

Jon Fosse est né en 1959 à Haugesund en Norvège. Il a écrit des romans, mais aussi de la poésie avant de s’essayer au théâtre. Douze pièces sont déjà traduites chez l’Arche.
Dans Et la nuit chante, un jeune homme et une jeune femme viennent d’avoir un bébé. Lui passe son temps à lire, allongé sur le canapé. Il essaie d’écrire mais vient une nouvelle fois de recevoir une réponse négative de son éditeur. Il n’ose presque plus rien, même pas se balader au coin de la rue. Elle étouffe et décide de sortir un soir, soit-disant avec une amie, en fait avec son amant. Son mensonge va peu à peu être découvert. L’univers de Jon Fosse a ceci de particulier de partir du quotidien le plus banal et de parvenir à le tendre et même à le distendre jusqu’à la rupture, au point de bascule, et ceci avec une grande économie de moyens. Il y a peu de grandes répliques dans ses textes. Les personnages parlent court, leurs phrases s’arrêtent souvent avant d’arriver à leur terme. Ils répètent les mêmes fragments. Le silence et les mouvements du corps sont des ponctuations essentielles de ce qui n’arrive pas à se dire. Même le rire n’arrive pas à sortir, il est bref, comme une ironie sur soi-même ou l’expression d’un malaise. À la question : « tout va bien », la réponse est :« Il n’y a rien eu d’anormal/ tout s’est passé comme prévu/ Tout va bien » ou encore « Oui il n’y a rien de changé/ rien dont je me souviens/ en tout cas ». Beaucoup de répliques commencent ou incluent des « oui » ou des « non », comme par réflexe, comme si ce n’était pas les bons mots qui venaient. Les personnages sont prisonniers de leurs propres désirs contradictoires. Prisonniers de leur solitude mais aussi de la routine qu’ils organisent pour ne pas avoir peur de l’inconnu.
Hiver met également en place un processus implacable : la vie qui bascule à partir de presque rien. Une femme et un homme. Lui est en déplacement professionnel. Mais dans un jardin public elle l’alpague. Elle tient à peine debout et dit être sa nana. Elle parle, s’empêtre, se répète, s’effondre. Les premières répliques de l’homme sont lapidaires, un « oui », un « non, non », un « oui/ ça doit être/ ça ». Et pourtant il la ramène dans sa chambre d’hôtel. Et parce qu’il a raté son rendez-vous professionnel et par impossibilité de s’expliquer, l’homme va démissionner de son travail. Puis, à la suite d’un coup de téléphone de son épouse qui tombe sur la femme, l’homme va être interdit de séjour chez lui. Mais pour lui, ce n’est pas l’important, « l’important c’était », la phrase reste inachevée. Là aussi, les répliques ont leur propre rythmique, très hachée, indiquée par une mise en page particulière. Les mots se succèdent plus que les phrases. Les retours à la ligne sont fréquents, de même que les didascalies, comme si la pièce offrait de longs temps de silence ou de ralentis, comme une partition musicale.
Ces deux textes mettent en jeu de manière concise et dense les moments où les corps ne répondent plus, où il devient impossible de se lever du fauteuil ou de répondre au téléphone. Les moments où les personnages balancent dangereusement au-dessus du gouffre de leur existence.

Et la nuit chante suivi de Hiver
Jon Fosse
Traduit du norvégien par Terje Sinding
L’Arche
176 pages, 13,50

Vie à vide Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°43 , mars 2003.
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