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Domaine étranger Galerie utopiste

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Christophe Dabitch

Pino Canucci, l’auteur de "Outland rock", esquisse des portraits de rebelles, époques et histoires se mêlent pour une conclusion : l’utopie est mortelle.

Pino Canucci sait bien que tout le monde aime les rebelles une fois qu’ils sont morts et enterrés, enfin sous contrôle. Ces êtres dérangeants deviennent alors des figures que la société bourgeoise -c’est bien de cela qu’il s’agit- peut transformer à sa guise en produits divers et avariés. De la cendre des rebelles, on fait de belles sculptures romantiques qui orneront notre mélancolie. L’acte politique des rebelles, du temps de leur vivant, se doit d’être réduit à l’histoire, à un autre temps précisément, et si possible ridiculisé -le charme fou des utopistes vaincus par la réalité…- pour ne pas réellement servir d’exemples. Le romancier italien Pino Canucci sait donc bien tout cela et pourtant il se lance dans la bagarre en enfermant dans un livre sa galerie de révoltés. Il opte même pour un sous-genre, le rebelle instinctif indigérable par le camp même des rebelles officiels : « Les rebelles dont j’ai voulu reconstituer l’aventure humaine, avant même l’aventure « politique », et surtout les entreprises ignorées ou mystifiées par l’Histoire -la majuscule sous-entend que ce sont toujours les vainqueurs qui l’écrivent-, ont aussi en commun qu’ils furent considérés comme hérétiques par ceux qui s’estimaient les « vrais révolutionnaires », ou du moins dépositaires de la « seule ligne de conduite valable », celle qui aurait mené à la prise du pouvoir, avec une inéluctable dérive fratricide ».
Pino Canucci s’attache donc à peindre la beauté du geste, l’humanité pleine de ces gens perdus pour tous ; à refaire vivre ce que furent des engagements conduisant à la mort et éprouver cette boule de rage au creux du ventre qui les jeta contre les autres. On découvre Quico, anarchiste espagnol qui après la défaite continua la lutte contre Franco, notamment en inventant un mortier lance-tracts pour éveiller les foules sous surveillance. Ou bien Irma Bandiera, résistante italienne torturée à mort en 1944 sans qu’elle dénonce ses camarades. Tout le monde a oublié Irma à Bologne sauf un anonyme qui chaque année dépose une fleur à l’endroit de sa mort ; sauf Pino Canucci dont le récit ressemble à cette fleur déposée contre le temps. On retrouve Jack Reed, journaliste américain célèbre pour ses engagements marxistes et sa défense de la révolte mexicaine menée par Pancho Villa ; Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti, assassinés par la justice américaine ; Tupac Amaru, Indien quechua qui voulut libérer son peuple alors que se préparait sur le Vieux continent la Révolution française… Pino Canucci mêle les anonymes et les personnages de l’histoire, comme s’ils se tenaient par la main, rassemblés par le désir utopique plutôt que par l’utopie elle-même. Il n’échappe pas, tout à sa volonté de les défendre et les aimer, au récit sous influence romantique quelque peu monochrome à force de fougue et de souffrances accumulées. Pino Canucci édifie des petits monuments qui nous les font aimer comme des figures -d’autant plus lorsqu’il s’agit d’anonymes. Leur épaisseur se trouve dans leur geste et pas ailleurs semble-t-il dire. Ce faisant, par le style et les choix d’écriture, à l’encontre de ses intentions sans doute, il les réduit quelque peu à des acteurs légendaires qui ne dérangent effectivement plus personne, enfermés qu’ils sont dans des cercueils dorés.
Le seul portrait pour lequel l’écriture de Pino Canucci semble réellement vibrer d’émotion, sans pour autant pouvoir le maîtriser malgré l’usage du « tu », est celui de Jim Morrison. Là quelque chose résiste : la beauté du geste se mêle à la mort voulue, la révolte à l’impuissance mise en scène et la posture rock s’avère être comme l’indépassable utopie de notre époque. Pour l’écrivain en tout cas, c’est là que semble s’arrêter la liste.
Par ailleurs, Pino Canucci -célébré voilà quelques années pour Outland rock- publie également un recueil de nouvelles, Mastruzzi enquête, qui ironise avec le genre policier : petites enquêtes et petits dénouements, petites leçons de vie.

Pino Canucci
Rebelles
et Mastruzzi enquête
Traduits de l’italien
par Benito Merlino
Christian Bourgois
257 et 137 pages, 22 et 14

Galerie utopiste Par Christophe Dabitch
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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