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Théâtre Cette légère gravité

octobre 2003 | Le Matricule des Anges n°47 | par Laurence Cazaux

De la cour de récréation à la maison de retraite il n’y a qu’un pas, que nous franchissons avec deux pièces d’Évelyne de la Chenelière.

Au bout du fil (suivi de) Bashir Lazhar

Le Festival des francophonies en Limousin a pour vocation, selon son directeur Patrick Le Mauff « d’être une fenêtre ouverte sur la vie théâtrale du monde francophone et de nous faire voyager au-delà de nos frontières et de nos pensées hexagonales ». Une collection « Passages francophones » est née de la collaboration entre le Festival et les éditions Théâtrales. Trois auteurs ont ainsi été publiés cette année, à l’occasion de la vingtième édition des Francophonies : Jean-Pierre Cannet, Jalila Baccar et Évelyne de la Chenelière. Cette dernière est québécoise. Deux de ses pièces sont regroupées dans un même volume. L’écrivain y aborde des sujets de société, le problème du vieillissement de la population occidentale, la crise du système d’éducation et l’immigration mais elle le fait avec tellement de vivacité et de tendresse qu’elle mêle à la gravité un peu de légèreté.
« Si tu perds tes parents et que t’es un enfant t’es orphelin. Ils font des romans sur les orphelins plein de romans et même du cinéma. Personne fait de film sur un vieux qui perd ses parents. Parce qu’un vieux qui perd ses parents c’est pas un orphelin, c’est juste un vieux ». Avec Au bout du fil, Évelyne de la Chenelière redonne la parole « juste à des vieux ». Première image : onze personnages sont assis sur le bord de la scène, il y a do, ré, mi, fa, sol, la, si et puis sourdine, bémol, ronde et soupir. Onze petites notes pour un même chœur, celui des personnes âgées. Tous font comme s’ils avaient les pieds dans l’eau, avec une canne à pêche mais sans rien au bout du fil. Ils sont en pleine « activité », comme dans un centre de loisirs. « Pourquoi ils nous donnent toujours activité pêche ?/ Pour qu’on se tienne tranquille./ Pour qu’on s’accroche à quelque chose./ À une canne à pêche./ Avec rien au bout du fil./ ça, c’est parce qu’un jour il y a un vieux qui a attrapé un poisson mais le poisson était plus fort que le vieux et le vieux est tombé dans l’eau./ Alors maintenant ils s’arrangent pour qu’on n’attrape pas de poissons… » Grâce au chœur, les paroles et toutes sortes d’histoires fusent avec humour. L’écrivain brouille aussi la frontière entre la vieillesse et la toute petite enfance. Les onze se retrouvent parfois dans une cour de récréation. Ainsi quand l’un dit avoir volé le sifflet du gardien, tous partent en expédition dans la forêt… ou peut-être simplement dans le parc de la maison de retraite, on ne sait plus, tous jouent à ne plus être assistés, ils jouent peut-être même à mourir un peu. Et le jeu devient plus grave. Car c’est leur vie qui ne tient plus qu’au fil invisible de ces cannes à pêche. Les peurs, les doutes, les questionnements s’expriment alors plus longuement, mais toujours dans une langue très imagée et tendre.
Bashir Lazhar retrace le parcours d’un Algérien qui cherche à obtenir le statut de réfugié politique. Il a débarqué au Québec pour préparer l’arrivée de sa femme et de ses enfants. Il va remplacer au pied levé une institutrice qui s’est suicidée dans l’enceinte de l’école. Amoureux de la jeunesse, il innove malgré lui dans ses méthodes pédagogiques, en étant à contre-courant. Il enseigne la tendresse, le courage, la justice, le droit… et la syntaxe. Il débat avec ses élèves de la violence à l’école. Et va provoquer l’hostilité de la direction et de ses collègues avec « le choc des cultures comme circonstances atténuantes ». Le remplaçant va finir par être remplacé.
Les deux pièces se répondent l’une l’autre par leur grande humanité. « Vous les enfants vivants, vous devez égayer les cours de récréation » conclura Bashir Lazhar. Les rires des cours de récréation contribuent peut-être à atténuer les larmes et les peurs des derniers instants.

Au bout du fil (suivi de)
Bashir Lazhar
Évelyne de la CheneliÈre
Editions Théâtrales/
Les Francophonies en Limousin
78 pages, 13

Cette légère gravité Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°47 , octobre 2003.