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Vu à la télévision TV, 20h 40, par Christian Prigent

janvier 2004 | Le Matricule des Anges n°49 | par Christian Prigent

20 h 40, vite, la 6 : Caméra Café. C’est bien, ça informe : ça montre la télé par effet fortuit de mise en abyme. Description du truc : derrière l’écran, un autre écran. Et tu vois la scène comme si tu étais l’œil de la machine à faire de la merde (jus de chaussettes et bouillons fades). T’es dans les entrailles virtuelles du moulin. Et voici tes yeux à faire même café, même jus, même merde. Coloris global : jaune paille pipi. À gauche : porte de chiottes (on glose sur odeurs et tuyaux bouchés, ça fait du dialogue). À droite : couloir vers paperasses et pompes à phynances, ça fait du hors champ et de quoi torcher les civilités. Au fond (point de fuite) : porte d’ascenseur, descentes vers les soutes, remontées d’égouts, ça fait du récit. Ça entre et ça sort vite fait par ces tubes, ça fait de l’action : caramel fécal et méfaits cracra. Le dispositif en façon peep-show surligne qu’on a mis tout ça en boîte par effet de boîte et les peinturlures de caricature.
La boîte, c’est le bureau. La merde, c’est la vie. Là où ça sent, dit le poète, la merde, ça sent l’être. L’être, ici, sent fort. Il fait quoi ? : libido scato de petits bourreaux. Commerce du café : chronique ordinaire du sadisme anal, version économie globale libérale avec du blason parti syndical / parti patronal mais le tout langé cucul en province (point de vue Paris). J.-C. pète au lit la nuit, qu’il dit. Le benêt Sylvain se pisse dans les pompes et pense à sa mère. Il y a, c’est réglo, un représenté homo écolo, il est rigolo, avec une houppette et du dandiné. Un patron trois-pièces démocrate-chrétien. Des dindes et une cruche et une bombe sexy ou raveuse camée. Et Bruno Solo en Hervé Dumont cravaté flashy est jésuite, branché, ripoux, misérable, lubrique et vénal : c’est l’humanité vue à la télé.
Et ça te fait rire ? Bravo, imbécile, t’es comme au zoo. Derrière les barreaux : le monde en bariole, format figurines, facile à comprendre. Ça pourrait, tu te dis, ça te ravigote un peu la conscience, être carnaval, jarryque, ubuesque (on eut ça naguère, quasi, pas si loin, avec les Deschiens). Ça l’est, en un sens. Cruautés passim. Lâchetés partout. Phynance, voiturins. L’immonde des bouzines, les balais sans noms et les palotins. Sauf que c’est TV, 20 h 40, flopée d’oneilles, plein d’yeux, beaucoup de sous dans les canaux et l’audimat pompe. C’est l’heure du Boulevard. On sait juste grossir (un-peu-mais-pas-trop) le trait vaudeville et coller effets vite faits de lapsus et sabirs branchés pour le pittoresque sur du français média électroplat. Pas mèche de sortir de la frise chromo, du cadré vériste : du naturalisme. C’est fait pour les enfants fatigués du soir et avides de fables et de se revoir en presque pareils sauf un peu plus moches qu’en vrai dans la vie faut dire qu’est minable mais presque habitable.
C’est ce qu’on appelle la réalité : la chaîne d’images, trash ou chic kif kif, en miniaturé recolorisé du vécu en vrai donc c’est du tout faux. Ça nous représente en coagulé recapitalisé et ça fait écran entre nous et nous. L’écran est pétant, frontal, découpé. Rien de l’indécis grisé voluptueux opaque chaotique insensé jouissif qui est le réel qui affecte nos vies. Ça nous articule du réarticulé de monde mis en boîte, figé en vignettes et vu par un trou dans les perspectives comme chez Guignol comme si Guignol et la vie en vrai c’était tout pareil.
En voiture, Coco ! Tu as beau savoir tout ça en pensée, ça te plaît aussi de céder à fond. Repose. Sacrifie. Adore Veulerie, Bêtise, Servitude. Écoute l’anagramme : caméra café / mère a fait caca. Ce caca c’est toi, lâche-toi. Abjure ce que la pensée rumina en toi tout au long du jour pour sortir de ça voire que tu forgeas dans tes aventures en littérature. Goinfre le leurre ! Baffre chromos ! Sans doute qu’il te la faut, ta dose de fables et acquiescements au monde comme il va. Tu vas les avoir, comme tous les soirs. Une tranche de pub ? Vazy, croûte ! Un bout de Sport ? Reste sur 6, Sannier sort de boîte avec plein de dents, épatamment, et ça fonce derrière après des ballons ou déboule bécane. T’aimes ça, avoue, humilie ! Allez, dis ton merci, car voici le film ! 20 h 55, ouf, pas trop tôt. Choisis le pire. Zappe. Dézippe braguette dans ta tête. Et guette : quels petits oiseaux ça va faire sortir du trou de ton toi coiffé en idiot ? Polar genre moderne (cut ! flou ! syncope !) avec recyclage de l’actu récente (came, pédophilies et tueurs en gros parmi démêlés de conjugalités) ? Ou peinard chausson avec de la pipe et Maigret poussif au bord du canal avec les arsouilles et de l’atmosphère ? À suivre, on verra !

TV, 20h 40, par Christian Prigent Par Christian Prigent
Le Matricule des Anges n°49 , janvier 2004.