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Domaine français Mortel syllogisme

avril 2004 | Le Matricule des Anges n°52 | par Gilles Magniont

Une enquête de Marc Pierret faite de plaisirs variés, et pour laquelle il convient d’abandonner les commodités du sens.

L' Attentat de la rue Vaneau

Essayons de suivre le jeu de piste. Au commencement il y a un rêve (ou ce qui est présenté comme tel) : l’écrivain Georges Louvetard (ainsi dénommé parce qu’il est vieillissant ? ou parce qu’il est insomniaque ?) « brasse », dans une « brasserie », un rêve louche et surprenant. Un songe à vrai dire impeccablement travaillé, et parfaitement conforme aux principes freudiens. Un songe dont le héros s’avère être le personnage essentiel du roman que Louvetard est en train même d’écrire… Quel tourniquet, quel superbe morceau de bravoure introductif : les éléments oniriques s’associent sans qu’on sache si c’est la rhétorique du Rêve ou l’écriture romanesque qui mène le bal. La narration semble ainsi tour à tour découragée et libérée par les richesses du rêve : « Quoi de plus naturel : le principe de contradiction n’existe pas dans les rêves »… Mais les chapitres suivants réveillent (ou semblent réveiller) Louvetard. Le voilà entraîné dans la vie bien réelle, laquelle s’incarne dans les formes très charnelles de Dolorès. Une idylle se noue entre le vieil auteur et cette étrange créature, qu’on découvre éprise de constructivisme, grilleuse « excellente » de toasts, critique littéraire implacable, mais surtout allumeuse vociférante. On attend l’attentat promis par le titre, il arrivera et frappera Louvetard, sauvagement perpétré, tout près de chez Gide, par un sbire de Dolorès (semble-t-il, il y a enquête). Juste avant d’expirer, Louvetard peut lire sur l’écran de son ordinateur un surprenant syllogisme : « Tous les écrivains sont mortels. Pour certains d’entre eux, leur effacement est encore la meilleure correction. Allah akbabar ». Dans l’épilogue, fort heureusement, le narrateur rétablira les faits sur cette étrange fatwa.
Le lecteur vigilant et perplexe ne doit pas s’échiner à rendre pleinement intelligible l’univers de Marc Pierret. Mieux vaut tirer un parti hédoniste de son désarroi, et se laisser vaincre par la saveur du récit (qui ne s’intitule pas roman), comme on le ferait d’un rébus sans solution. Les genres littéraires se mêlent : il y a du roman policier, de l’essai sociologique, de la fable érotique, de la chronique familiale le moins réussi, sans doute, et chaque forme se trouve comme rafraîchie et subvertie par cette insolite cohabitation. Les plaisirs se déclinent, varient en force et en délicatesse, et vont du trait d’esprit à la scène hilarante. Pierret joue avec nous, se joue de nous brillamment.
Certes, « derrière l’écriture il n’y a rien ». L’Attentat de la rue Vaneau, comme la vie même, travaille avec opiniâtreté et talent à chasser le sens, à le détourner, là où le lecteur, ou encore le vivant ou encore le psychanalyste, s’appliquent maladroitement à le fabriquer. Ce n’est pas la contingence, l’absurde, la confusion du rêve et du réel ou quelque autre vieille lune philosophique qui constitue ici la catégorie essentielle. C’est la vie dans le roman ou le roman même qui sont incongrus, déplacés. Ils ne le sont pas relativement (comme peut l’être, indique Pierret, un mot pris hors contexte tels « casserole » ou « triboulet ») ; ils le sont absolument, puisqu’il n’y a pas de contexte. Il n’y a alors rien à regretter, car la mélancolie est du côté du sens.

L’Attentat
de la rue Vaneau

Marc Pierret
Verticales
125 pages, 16

Mortel syllogisme Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°52 , avril 2004.
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