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Poésie Vide et vertige

avril 2004 | Le Matricule des Anges n°52 | par Richard Blin

Comment dire le scandale d’être ? Par-delà le jeu avec la perte et les limites, les agonies à vide de Cédric Demangeot.

Éprouvante, la lecture du nouveau recueil de Cédric Demangeot. Des cargaisons de débâcles en route pour nulle part, dans un monde rétréci où fausses routes et culs-de-sac pullulent. Des errances dans le mal d’exister dont chaque poème serait comme le sillage, la bave apothéosée et noire. « Je ne chante jamais. J’ensilence : et je promène ça. Ça ma folie, ma chaloupe, ma berceuse/ noire. Ça ma chienne. Et c’est ahurissant. D’aller sans dire// avec la mort. Et ventre vide à la nuit blanche. » Bateau ivre cherchant quelle issue au-delà de quelles limites ? On est dans l’impouvoir, l’irréparé irréparable, la dépossession absolue. On va d’effondrements intérieurs en dessaisissements, de déprise en défection, dans un univers désaccordé. « Je ne fais, ne défais que passer. J’épie la mort à tâtons. Je lui touche les seins dans le noir. Une à une j’épelle sa harpe de côtes. Du bout de ma langue onglée. Qui n’a pas peur d’aller au nerf »
Dans cet enfer de la négativité, la mort règne en idole parturiente et la haine n’épargne rien, ni personne. Pas même la poésie. « Innervé, méanduleux, retardataire, fière écumoire et triste missile, accablé d’oblomovs et d’achabs amants, franc-soûl d’ultimeries préabdiquées, je sais me défaire seul dit le poète : je hais la poésie ». La poésie déjà reconnue, la poésie installée dans ses meubles, dans son histoire, dans ses formes et sa langue.
Car il s’agit ici, pour l’ « apôtre aphone, amputé du bâton, non, du serpent gelé de sa langue », de trouver sa propre voix (« Je veux imiter ma propre voix mais ne la connais pas »), d’inventer des équivalents verbaux, des rythmes et des sonorités capables de traduire l’expérience d’un corps, c’est-à-dire d’une chair parlante aux prises avec la chair du monde, celle des autres, et la sienne propre. « peu importe./ S’il n’y a pas de flacon. Pourvu qu’on éjacule. En mesure// et en face. Et dans la peau profonde d’une face. Au fond/ jamais touché, venir. Mental et noir dans le vagin de ce visage… »
D’où les mises en page différentes du poème, au fil de chacune des cinq parties composant le recueil ; d’où aussi cette écriture qui n’hésite pas à se mettre en danger, se cherche sans cesse entre l’ellipse et le vacillement voluptueux des sens, les engrenages allitérés et les effets de scansion décalée. De la langue nue s’insinuant jusque dans les recoins les plus équivoques de l’être. Une écriture à l’intensité tragique et dérisoire.
Une tâche de damné, l’œuvre d’un qui écrit comme on vomit des caillots de perdition, comme on survit par soustraction, écartelé qu’il semble entre le besoin d’exprimer et l’impuissance à dire, l’absence de transparence de la pensée et cet obscur avortement raté qu’est la vie. Une poésie comme aspirée par le vide, et trouée par le vent et toutes les formes de béance. « Un soubresaut de/ fin de phrase avec ombres jetées. Il est toujours trop tard./ On ne me rattrapera pas. J’ai disparu dans l’absolument seul ».

Cargaisons
Cédric Demangeot
Éditions Grèges
95 pages, 12

Vide et vertige Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°52 , avril 2004.
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