La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Entrez dans la yole

avril 2004 | Le Matricule des Anges n°52 | par Emmanuel Laugier

L’écrivain et essayiste Jean-Christophe Bailly propose une lecture kaléidoscopique de sa vie. Un livre en forme de scènes optiques.

Les copeaux volent dans l’air, s’éparpillent dans le geste régulier d’un menuisier maniant le rabot. Le bois file en bouclettes fines. Cette matière-là, Jean-Christophe Bailly en fait l’une des métaphores du travail que l’écriture produit en se frottant au monde. Copeaux aussi parce que comme le disent les premières pages de Tuiles détachées, sorte d’autobiographie torsadée, « là où nous cherchions quelque chose comme un sujet, nous ne rencontrons qu’une surface d’inscription, là où nous avions besoin d’un contour, nous sentons que nous ne sommes faits que d’une infinité de franges qui s’enchevêtrent et se dérobent ». Écrivain discret, auteur de plus de trente livres (du très rare Le 20 janvier à La Fin de l’hymne ou encore Adieu jusqu’au récent Panoramiques, se dit le mouvement du regard), Bailly n’a rien perdu d’une sorte de sauvagerie, quelque peu provinciale, qui lui fera refuser la séduction des cours parisiennes, ne pas céder devant son désir d’aller où bon lui semble (philosophie, théâtre, poésie, récits, etc.) et ne rien concéder aux gens de pouvoirs.
Son trajet, Tuiles détachées l’écrit bien, mais par bribes, comme un archipel qui se recompose selon les marées et les saisons. À nous de dessiner la cartographie, si l’on veut retrouver la trace linéaire d’une existence. Mais l’autobiographie que Jean-Christophe Bailly pense ici nous force à une autre lecture du temps, celle de la Recherche… de Proust par exemple, ou celle des côtés qui affleurent et diffusent autrement les origines d’une naissance : pour Bailly, qui naît à Paris le 3 mai 1949, ce n’est pas Guermantes, mais Samois (Seine-et-Marne), côté maternel, et Pouilly-sur-Loire pour le père, qui seront les deux espaces de l’enfance. Les textures des forêts, les verts profonds, pour Samois ; les douceurs sablonneuses de la Loire et de ses îles à Pouilly. Non loin une barque (la fameuse yole que l’auteur reproduira sur la couverture de son livre de poésie Basse continue et ici page 14) deviendra la navette de ses aventures d’enfant. Tout cela est nourri des figures familiales : le grand-père paternel, communiste frôlant la députation de la Nièvre en 1926, qui lui apprend à vider les lapins et l’engagement politique ; son grand-oncle, le père du peintre Jacques Monory, qui ramène des quatre coins du monde des histoires fabuleuses. Ce sera la passion, plus tard, du voyage, comme celui en Inde où il mettra en scène en hindi, avec son ami Georges Lavaudant, Phèdre de Racine. Celle des romans d’aventures, des animaux, sur lesquels il écrira (L’Oiseau Nyiro entre autres) des belles pages, comme le sacrifice du mouton dans Basse continue ou encore sur les zoos peints par Gilles Aillaud. Plus tard, dans la ferveur de l’amitié et de la révolte, il entre à la JCR (Jeunesse Communiste révolutionnaire) avant qu’en 68 Raymond Marcellin décide de la dissoudre. Elle renaît sous le nom de la Ligue communiste où Bailly militera jusqu’en 72, avant de choisir, sans amertume, une forme de retrait, de distance pensive. Entre-temps, il aura décidé, lui lecteur de Rousseau et de Nerval, de devenir écrivain, de se donner à ce métier, ne serait-ce que pour revivifier ces moments de vie où un paysage, une ville, quelque chose qui n’est pas soi, s’éclairent. Toucher cette matière infinie des choses. Pour le prouver à son père, qui voulait qu’il reprenne l’entreprise familiale de carreaux de céramique et de colle, il écrit un premier livre, Célébrations de la boule, pour la collection créée par l’éditeur Robert Morel. C’est son père qui signera le contrat, lui étant alors encore mineur. Les dés sont lancés. Si l’on prend un autre cornet, on tombe sur son travail éditorial : en 72, il envoie à Christian Bourgois la traduction inédite de son ami Henri-Alexis Baatsch de la correspondance de Büchner, ainsi que celle de Lenz. L’éditeur accepte, ce sera le début de la collection « Détroits », une histoire d’amitié et de confiance. Puis en 82, il rencontre Éric Hazan au moment où celui-ci quitte son métier de chirurgien pour reprendre la maison paternelle : en naîtra la prestigieuse collection d’esthétique « 37-42 ».
Il faudrait ainsi multiplier les coups pour montrer ce qui constitue une vie, celle de Bailly, pour parler de la rencontre qu’il fit de la peinture (par le biais de Jacques Monory), pour saisir les pages magnifiques qu’il écrira sur la Chine (où il n’est jamais allé), sur la Russie (où il va) et l’âme slave, devenues pour lui centrales. Multiplier les angles pour comprendre son rapport au paysage comme lieux de passages et de regards (il l’enseigne à l’actuelle École du paysage de Blois) ou bien quelle fut l’amitié partagée avec Leiris. Mais là encore, cette vie, en fait discrètement abordée, ne suit pas un plan précis : tout est plutôt en friche dans Tuiles détachées. C’est sa logique d’herbe folle. Il y est toujours question, dans l’existence, de dérives, d’être emporté par le fleuve, et frangé par les choses. On n’en finit pas. Entrons dans la yole.

Tuiles détachées
Jean-Christophe Bailly
Le Mercure de France
« Traits et portraits »
128 pages, 14

Entrez dans la yole Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°52 , avril 2004.
LMDA papier n°52
6.50 €
LMDA PDF n°52
4.00 €