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Théâtre Nos intranquilles ombres

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Laurence Cazaux

Sollicitées par la Comédie de Valence, quatre femmes dramaturges proposent quatre variations dérangeantes autour de nos chers fantômes.

Les fantômes errent dans les limbes attendant avant d’atteindre le repos. Les fantômes sont des intranquilles qui viennent nous houspiller avec leur besace pleine de tout ce qui n’est pas réglé. Les fantômes sont chez eux au théâtre où acteurs, metteurs en scène, auteurs ne cessent d’exposer, de parler, de se confronter avec ce qui ne doit pas être dit, ce qui ne doit pas être pensé, ce qui doit être oublié, ce qu’il vaut mieux laisser enfoui » raconte Pauline Sales, auteur associée à la Comédie de Valence et l’une des quatre auteurs invitées à traquer la figure fantomatique. Cette thématique a visiblement déclenché beaucoup de liberté et d’invention, les pièces publiées par Les Solitaires intempestifs offrent en effet de profonds contrastes.
Marie Ndiaye témoigne : « Ce thème des fantômes est certainement un des plus inspirateurs en ce qui me concerne, par la liberté totale à laquelle il invite : tout peut devenir fantôme, ce terme désigne à la fois quelque chose et rien, quelqu’un et son absence, la peur de voir revenir et l’espoir de voir revenir. C’est l’enfance et la maturité qui s’entremêlent, dans la même attente : qu’il se passe quelque chose… »
Rien d’humain de Marie Ndiaye crée une présence-absence mystérieuse. Et une manière de dire à mi-mots. Deux femmes, Bella et Djamila se retrouvent sous le regard d’un homme, Ignace. Elles veulent toutes les deux le même appartement. Elles ont été proches autrefois, amies même. Mais l’une était riche, l’autre pas. Et il y a une revanche à prendre sur le passé, l’un des fantômes de la pièce. Les deux femmes se déchirent, les mots sortent dans le désordre, suspendus, la profération de la langue se fait étrange. Et puis il y a la présence d’une enfant, une « plume de duvet », « un soupir », un courant d’air froid, l’enfant de Djamila ou sa part d’enfance à elle. La pièce bascule dans un conte fantastique, pour nous laisser avec toutes sortes de questions, comme par exemple que faut-il croire, quelle réalité ?
Si Marie Ndiaye crée le mystère, Marion Aubert et sa Saga des habitants du val de Moldavie provoque le rire grimaçant. Il y a longtemps, les habitants du val de Moldavie auraient été terrassés par une horde de vampires et de fantômes. Ils auraient fui, traversé les époques pour se retrouver… à Limoges. Six morts plutôt bien vivants nous racontent comment on assassine, ou bien pourquoi les fauteuils des théâtres sont rouges ou encore comment les morts sortent de leurs tombes et parfois repartent pour un petit tour de vie. Ces six-là profèrent plein de petites histoires, celle d’une femme fontaine, d’une femme transparente, d’un tout petit fantôme pas plus grand qu’un mouchoir de poche… La pièce est remplie de visions cauchemardesques, mêlant grand guignol, bouffon, fantastique, cruauté et toute la part d’ombre que chacun porte en soi. Ça râle, ça rouspète, ça crie, ça s’aime. Une manière de faire la nique à la mort, dans un grand éclat de rire et un joyeux bazar, une comédie outrancière, finalement réjouissante, vivifiante et pleine d’énergie.
L’Infusion de Pauline Sales est plus écrite comme une partition, presque austère. Une nuit. Un couple : Lui et Elle. Ils se répètent, ne s’entendent pas. Arrive L’Autre. On comprend qu’il vient l’aider, Elle, elle est morte, elle s’est suicidée mais n’admet pas sa mort. « Peut-on être un mort heureux ? » se demande Pauline Sales. Alors que le seul vivant de la pièce est contraint par l’écrivain à se répéter, hagard, dans des répliques reprises en boucle, la mort semble au contraire permettre d’accepter d’aimer différemment, en plus grand… ou en moins petit c’est selon.
La Douleur au membre fantôme serait l’hallucination du blessé qui souffre du membre amputé. Les amputations, Annie Zadek en dresse une liste toute personnelle dans un prologue. Pour elle les années 80 signifient la fin de l’amour et la fin de la beauté, les années 90, la fin du progrès, la fin des idéaux et la fin du politique, les années 2000 la fin de l’art, la fin du rire, la fin de la connivence. Et la continuation de la guerre. L’écrivain profère donc son ras-le-bol et fouille notre « inquiétante familiarité avec la violence et le crime ». Cette pièce météore, écrite d’après le Woyzeck de Büchner, ne ressemble à aucune autre. C’est un texte à proférer ou à entendre.
Les paroles se croisent à en devenir fou, à ne plus rien entendre ou comprendre. L’exercice doit se révéler périlleux, déconcertant et en même temps magnifique à travailler, à mettre en bouche. Tous ces fantômes posent questions et comme tout bon fantôme, ne dévoilent pas si facilement leurs mystères et leur part d’ombre.

Rien d’humain
Marie Ndiaye
46 pages, 7
Saga des habitants
du val de Moldavie

Marion Aubert
94 pages, 9
L’Infusion
Pauline sales
78 pages, 9
Douleur au membre fantÔme
Annie Zadek
54 pages, 7
Les Solitaires
intempestifs

Nos intranquilles ombres Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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