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Le Matricule des Anges
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auteur Marie Ndiaye

A propos

Écrire, quoi d'autre ? Il y a vingt-cinq ans, avec une voix singulière, et sans concession, Marie Ndiaye s’est dédiée à la belle ambition d’exhumer l’indicible de chaque parcours de vie confronté au mal. Trois femmes puissantes enraye la fatalité et prolonge le chant de l’âme. Il est certaines choses dont on est sûr à propos de Marie Ndiaye. La première est, que, s’il n’en reste que quelques-un(e)s, elle sera de ceux-là, qui traversent les époques - sachant saisir notre condition humaine, ses rêves, ses forces, ses délicatesses et ses turpitudes, en vérité, par la grâce d’une langue unique. La seconde est que, vous narrer sa vie relève de la gageure, ou de l’indiscrétion, que l’on ne peut, face à sa retenue et ses sourires de pure plénitude, que se ranger à ce que semblent dire la maison aux murs colorés, la vision fugitive des deux garçons attablés devant un...
octobre 2009
Le Matricule des Anges n°107

Tenir tête

Le dixième roman de Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, éclaire les ultimes territoires de l’être où l’humanité persiste, envers et contre tout. En anglais cela se nomme « fortitu- de », en français, on dirait « force d’âme », pour cette part d’irréductible que les épreuves convoquent, et dont à chaque fois on se demande si elle sera encore là, quand le funeste s’acharne. Norah, Fanta et Khady affrontent chacune, entre la France et le Sénégal, les récidives d’un sort qui semble vouloir les attraper au vol, les épingler en une issue...
octobre 2009
Le Matricule des Anges n°107

La discrète empathie

Puisant sa matière directement à la source des vies et des destins qu’elle croise, Marie Ndiaye a su développer une voix littéraire libérée des tentations compassionnelles : ou comment être au plus près de la vérité de notre proximité d’humains. C’est une vaste maison face à la mairie du village, en fait l’ancien café-hôtel, restauré. Des murs avec des frises au pochoir, des tableaux et sculptures en héritage de l’art brut, un grand billard, une table ovale, un bar, un frigo jaune, un mur de bibliothèque parsemé de plaques de noms - botaniques - de vaches nées en Normandie et « auxquels les enfants tiennent », de grandes pièces au...
octobre 2009
Le Matricule des Anges n°107

Ouvrages chroniqués

La Cheffe, roman d’une cuisinière
de Marie Ndiaye
2016
À travers la vie imaginaire d’une cheffe cuisinière, la romancière esquisse un autoportrait en trompe-l’œil et nous livre son art poétique : presque pas de dessert et beaucoup de salé, de la ferveur, de l’énigme et une joie âpre. Joaillière, c’est l’un des métiers qu’aurait pu apprendre Marie NDiaye (ainsi aimait-elle à dire en entretien il y a quelques années), elle qui a si vite quitté les études pour se consacrer à son art, l’écriture. On l’imagine facilement en Précieuse du XXIe siècle, sertissant ses phrases, lentement, avec précise patience, tout en délicatesse – tout en cruauté, aussi. Avec La Cheffe, roman d’une cuisinière, c’est sous les traits d’une mystérieuse cuisinière du Sud-Ouest préparant un « gigot en habit vert », des « beignets de cervelle d’agneau à la sauce d’anchois » ou encore du « rôti de...
Chloé Brendlé
octobre 2016
Le Matricule des Anges n°177
Mon coeur à l’étroit
de Marie Ndiaye
2007
Dans ses romans, Marie NDiaye cherche à capter la part d’étrangeté qui gît au fond des vies en apparence tranquilles, toujours guettées par le dérèglement. Nouvelle variation avec « Mon cœur à l’étroit ». Certains d’entre nous consacrent une bonne part de leur énergie à se bâtir une vie enviable, désirable. Ils s’efforcent d’accéder à la reconnaissance professionnelle, de se parer de maints signes extérieurs de distinction sociale, ou de signes plus subtils encore parce que décelables par les seuls initiés, des options intellectuelles, voire spirituelles qui les élèvent au-dessus de la masse roturière des jouisseurs. Découvrant à la fin du roman la voiture « blanche, énorme » de son fils chez qui elle a trouvé refuge, Nadia, le personnage principal du nouveau roman de Marie NDiaye, se...
Jean Laurenti
mars 2007
Le Matricule des Anges n°81
Autoportrait en vert
de Marie Ndiaye
2005
Une fois de plus, Marie Ndiaye échappe aux genres fixés, à une fausse vérité trop hâtivement offerte. Elle nous entraîne sur un chemin qui lui est propre, et qu’elle semble frayer à mesure qu’elle écrit. Le titre, énigmatique, délimite ici un territoire littéraire : il ne s’agira pas d’une autobiographie mais d’un autoportrait « en vert » : indication picturale ? ou bien faut-il, avec quelque malice, entendre « au vert », le récit débutant en effet dans un village, quelque part au bord de la Garonne ? On croit savoir Marie Ndiaye peu portée aux confidences, rétive, même, presque muette, face aux questions des quelques journalistes qui, la célébrité venant (le prix Femina pour Rosie Carpe, les pièces jouées à la Comédie Française) tentèrent d’approcher, si ce n’est le secret du moins...
Thierry Cecille
janvier 2005
Le Matricule des Anges n°59
Rien d’humain
de Marie Ndiaye
2004
Sollicitées par la Comédie de Valence, quatre femmes dramaturges proposent quatre variations dérangeantes autour de nos chers fantômes. Les fantômes errent dans les limbes attendant avant d’atteindre le repos. Les fantômes sont des intranquilles qui viennent nous houspiller avec leur besace pleine de tout ce qui n’est pas réglé. Les fantômes sont chez eux au théâtre où acteurs, metteurs en scène, auteurs ne cessent d’exposer, de parler, de se confronter avec ce qui ne doit pas être dit, ce qui ne doit pas être pensé, ce qui doit être oublié, ce qu’il vaut mieux laisser enfoui » raconte Pauline Sales, auteur associée à la Comédie de Valence et l’une des quatre auteurs invitées à traquer la figure fantomatique. Cette...
Laurence Cazaux
juillet 2004
Le Matricule des Anges n°55
Tous mes amis
de Marie Ndiaye
2004
La littérature n’est pas toujours faite pour rassurer. Observons une phrase de Tous mes amis, un recueil de nouvelles de Marie Ndiaye, où finalement on ne sait plus trop comment on s’appelle. On achève la lecture d’une phrase et on se dit qu’on doit la relire, quelque chose nous a échappé. On ne retombe pas vraiment sur ses pieds. Un tremblement, même infime, se fait dans ce qui nous en semblait le sens évident, attendu. Pour tout dire, on lisait sans trop prendre conscience que c’étaient des phrases que nous lisions, l’une après l’autre, jusqu’à ce que l’une d’elle se voile un peu, marque un écart qui nous fait nous arrêter, reprendre la phrase, tiens, qu’est-ce que c’est, mais c’est donc d’une phrase qu’il s’agit, page 114 de Tous mes amis de Marie Ndiaye, trois pages après...
Xavier Person
avril 2004
Le Matricule des Anges n°52
La Sorcière
de Marie Ndiaye
1996
Quoi qu’elle en dise, un roman de Marie Ndiaye a toujours un peu quelque chose d’une rédaction de bon élève, de très bon élève. Clarté dans la narration. Syntaxe impeccable. C’est net et précis. Pas d’emballements lyriques. Pas de littérature, oserait-on dire (c’est ici un compliment). La Sorcière, son sixième livre, est un exemple de cette redoutable efficacité. Dans le triste pavillon de banlieue où elle vit avec son aussi triste mari et ses deux filles, Lucie entreprend de transmettre son modeste talent de sorcière à ces dernières. Mais, en cela semblable aux protagonistes des...
Xavier Person
septembre 1996
Le Matricule des Anges n°17