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Courrier du lecteur Espèce de Hongrois !

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Gilles Magniont

« Tout est pur à ceux qui sont purs » (Saint Paul) : promenade guidée au doux pays de l’Injure.

Bougnoule/ Niakoué/ Raton/ Youpin/ Chinetoque/ Putain/ Maquereau/ Macaque/ Chien » pour ceux que n’aurait pas rassasiés cet Hymne à l’amour de Jacques Dutronc, les éditions 10/18 rééditent les travaux de Robert Edouard, publiés une première fois en 1966. Voilà un tombereau qui en impose, avec plus de huit cents pages découpés en deux volumes, le Dictionnaire des injures venant accompagné de son Traité d’injurologie. La matière est certes vaste. Il s’agit bien sûr d’évoquer les grands classiques (tel le con qu’on peut mettre à toutes les sauces Espèce de… Bougre de… Roi des… Tête de… et qui garde toujours son charme « espiègle et fort, narquois et viril, tranquille et sûr ») et de rassembler autour d’eux la famille des dérivés et composés (vive le dégueulant personne ou chose « qui inspire une vive répulsion » et la marie-salope), mais aussi de protéger les espèces en voie de disparition (bourbouroche créature flandrin foutriquet ratapoil, vous m’en direz tant). Car l’anthologie se veut œuvre de combat : il s’agit de dénoncer la « désastreuse indigence de notre vocabulaire en matière d’injures ». Derrière la « pathétique exhortation : Ne nous fâchons pas », s’agitent de glorieuses figures, depuis Aristote rédigeant un traité de la dispute jusqu’à Léon Bloy l’imprécateur sacré, en passant par les mots d’ordre belliqueux des avant-gardes : « Vous allez à Dada pour recevoir des insultes et des crachats »… Analyste souriant, Robert Edouard étudie en suivant leur exemple l’art de l’injure (mécanisme du chapelet, formules d’impolitesse, gestuelle ad hoc), sans oublier d’évoquer divers sous-genres tels que le graffiti ou la lettre anonyme.
Arrêtons-nous sur les traits distinctifs d’une injure. Elle est création populaire, ce qui la distingue du mot d’auteur ; elle se doit d’être intelligible, on ne la confondra donc pas avec l’argot ; elle n’atteint pas à l’outrage, qui selon le Littré « outrepasse les bornes en fait d’offense, d’injure ». Pour Robert Edouard, « imprécise et excessive, souvent triviale, elle ne vise ni à accuser ni à terroriser » et possède en propre une sorte de gratuité ludique. Dire bougre de feignasse plutôt que paresseux, ce serait ainsi « ne pas s’en tenir à la grise et fade vérité » mais pratiquer une « forme fugitive de poésie ». Théorie séduisante, mais qui différencie peut-être avec quelque artifice l’injure de l’insulte, et lui prête des rondeurs souriantes que n’a pas forcément un René Crevel quand il évoque « la grande pouffiasse de classe exploiteuse ».
Ce sont des détails : le côté foutraque, les approximations participent du charme de cette anthologie un peu désuète et très innocente, son côté Almanach Vermot et Dingodossiers. Rappelons aussi qu’il y a quarante ans, le Président en exercice traitait ses contemporains de veaux et de jean-foutre, que Gainsbourg chantait Vieille canaille et que Luc Ferry n’avait pas encore mis au pilori les « incivilités ». Autant dire qu’on ne dramatisait pas à tout va. Le Traité d’injurologie, pas du tout séditieux mais plein de sagesse, permet de revenir à une appréhension plus légère des écarts de parole : « Tant qu’un souverain tolérera que l’on poursuive en son nom l’un de ses sujets sous l’inculpation d’offense à sa personne, il sera permis de douter de sa puissance, et de son bon sens ». Pauvre clochard des Halles, récemment envoyé en prison pour s’être exclamé « Retourne en Chine, espèce de Hongrois ! » au passage du ministre de l’Intérieur. Il peut regretter de n’avoir pas vécu au temps de l’empereur Vespasien, lequel ne punit pas celui qui lui reprochait sa figure de chiard.

Dictionnaire des injures et Traité d’injurologie de Robert Edouard
10/18, 510 et 334 pages, 8,50 chacun

Espèce de Hongrois ! Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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