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Théâtre Le poids du monde

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Laurence Cazaux

Partir de la tragédie grecque pour arriver à la barbarie de notre temps, c’est le parcours de Martin Crimp dans sa nouvelle pièce.

L’histoire mythologique qui inspire Martin Crimp pour écrire Tendre et cruel est celle d’Héraclès (également appelé Hercule), fils de Zeus, célèbre pour ses douze travaux et sa force incomparable. C’est l’un des grands héros grecs mais dont la capacité de réflexion consistait essentiellement à trouver la meilleure façon de tuer des monstres invraisemblables. L’épisode dont s’inspire Martin Crimp est celui du héros et de sa jeune femme, Déjanire. De retour de leur mariage, ils sont arrêtés sur leur route par un fleuve dont les eaux ont grossi. Un centaure propose de les faire passer sur l’autre rive. Il prend Déjanire sur son dos mais une fois le fleuve traversé, il veut la violer. Héraclès le transperce alors d’une flèche. Avant de mourir, le centaure propose à Déjanire de conserver un peu de son sang et de son sperme pour fabriquer un filtre d’amour dont elle pourrait se servir si un jour Héraclès préférait une autre femme. Quelques années plus tard, alors qu’il vient de raser toute une ville, Héraclès tombe amoureux de la fille d’un roi, Iole et la ramène chez lui. Déjanire enduit alors une tunique de son mari de ce qu’elle croyait être un filtre d’amour et qui se révèle en fait un poison puissant. Dès qu’il revêt la tunique, Héraclès souffre atrocement sans pouvoir mourir. Déjanire se suicide. Le centaure est vengé.
Martin Crimp a choisi de replacer cette tragédie dans le contexte actuel de guerre contre le terrorisme. Héraclès devient un grand Général, chargé de combattre par tous les moyens le terrorisme et coupable de crimes de guerre. Amélia est sa femme. Le centaure se transforme en chimiste, camarade de faculté d’Amélia, ancien militant pour la paix et fabricant d’armes chimiques. Les pouvoirs politiques et médiatiques sont représentés par un journaliste et un ministre du gouvernement. Trois femmes, 1, 2 et 3, au service d’Amélia, forment le chœur. Iole devient Laela, une jeune fille d’Afrique subsaharienne. Quant à la tunique enduite du filtre d’amour, elle se transforme en oreiller. Comme pour nous emmener dans les méandres du sommeil ou de l’insomnie, des songes et des cauchemars.
Car même si nous sommes plongés dans l’actualité et la guerre contre le terrorisme dont le président Bush a fait son cheval de bataille, la présence du mythe maintient une distance avec une réalité trop documentaire. Il n’y a pas de pathos dans cette pièce. Ainsi le personnage d’Amélia réitère sans cesse son désir de ne pas jouer le rôle d’une victime. La cruauté est ici distillée avec un grand sourire. La langue de Crimp participe à cette étrangeté, elle est entrecoupée, hachée, rythmée d’une manière toute particulière, certaines répliques sont enchevêtrées, la parole ment, trahit, déchire, s’interrompt, bifurque souvent et s’éloigne également du réalisme.
La pièce pose la question de l’emploi de la force. Dès le début de la pièce, Amélia fait ce constat : « on envoie mon mari/ sur une opération après l’autre/ dans le but le but déclaré / d’éradiquer le terrorisme : sans comprendre/ que plus il combat le terrorisme/ plus il engendre le terrorisme / et même invite le terrorisme qui n’a pas de paupières / dans son propre lit. » À la fin de Tendre et cruel, le Général est lâché par le pouvoir politique qui lui fait endosser tous les crimes. Le Général veut témoigner devant les dieux, il sera emmené devant une foule de journalistes. Il imagine un sacrifice, ce ne sera qu’une curée.

* Créée dans une mise en scène de Luc Bondy, Tendre et cruel est jouée aux Bouffes du Nord à Paris jusqu’au 3 octobre. Les prochaines représentations auront lieu au TNP de Villeurbanne du 12 au 16 octobre.

Tendre et cruel
Martin Crimp
Traduit de l’anglais
par Philippe Djian
L’Arche
108 pages, 10

Le poids du monde Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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