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Poésie L’âme russe

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Richard Blin

Amputés d’infini, mais ardents, cocasses et subtilement graves, les poèmes de Véra Pavlova ont l’implacable évidence de la lame.

L' Animal céleste

Première publication en France d’une poétesse dont l’œuvre compte déjà six titres, L’Animal céleste est un ensemble anthologique proposant une approche de l’univers de Véra Pavlova, considérée aujourd’hui, en Russie, comme l’un des poètes majeurs de sa génération. Celle qui a reçu, en 2000, le prestigieux prix Apollon Grigoriev, est née à Moscou, en 1963. Musicienne et musicologue, elle avait d’abord envisagé de devenir compositeur, avant de comprendre que la poésie était son instrument d’expression privilégié.
Si L’Animal céleste est le titre de son premier livre, publié en 1997, il convient parfaitement à cette anthologie tant l’appétit sensuel et l’élan spirituel hantent les poèmes qui la composent. « Gloire aux mains qui font de la cicatrice/ une zone érogène,/ gloire aux mains qui font d’une hutte/ un sanctuaire/ et donnent à d’autres mains/ une leçon d’éloquence,/ gloire éternelle à tes mains,/ à tes coudes, à tes bras ! » Une poésie tout en toucher subtil et en alternance de plaisir et de douleur. De l’âme nue, du rêve en voie d’épurement, les gammes de la passion, l’algèbre des désirs sur fond de leurres ou d’enthousiasmes en trompe-l’œil.
Véra Pavlova écrit au plus près de l’essentiel, un essentiel qu’elle condense encore et nous livre en une formulation dont l’ardente simplicité est particulièrement efficace. Ses poèmes sont des épures sous haute tension, des coagulations d’acuité perspicace, des accouplements précaires d’ombre et de lumière dont l’étonnante densité résume tout ce que peut avoir d’insupportable le heurt de l’illimité du désir au fini du réel. « Le parterre de tulipes du jardin municipal proclame :/ « Il est interdit de cueillir les fleurs »./ Mais toute tulipe espère être arrachée de terre la nuit venue./ Ainsi, gémissant sous la main de l’homme,/ le jeune vagin implore pitié,/ mais son désir est qu’il n’y ait pas de pitié./ Moi, j’implore : « Epargnez-moi de vivre en Russie ! »/ Mais je le sais : grâce à Dieu, je ne serai pas exemptée. »
D’emboîtements en effets de vertige, de déséquilibre en paradoxe, Véra Pavlova fait de l’écriture poétique un accélérateur de la conscience et de la pensée. Rapidité, concision, dépouillement. « J’ai brisé ton cœur./ Maintenant je marche pieds nus/ sur ses débris. » Parfois, certains poèmes ont quelque chose de l’esprit du haïku ou de la formule conjuratoire. « La balance// Sur un des plateaux la joie./ Sur l’autre le chagrin./ Le chagrin est lourd./ Voilà pourquoi/ la joie est plus haute. »
Entre l’ascèse propre au désenchantement, et l’humour « Il m’a regardée/ à pleine bouche/ et m’a embrassée/ sur le bout du nez », c’est le tragi-comique de l’existence et le fatalisme russe, qui prend ici visage et voix. « Le poème est un répondeur téléphonique./ L’auteur s’est absenté. Il y a peu de chance qu’il revienne./ Le cas échéant, laissez un message/ après avoir entendu le coup de feu. »
Mais, de l’autoportrait sans fard (« Pour un quart juive/ Pour moitié musicienne./ Pour trois quarts ta moitié./ Et tout entière qui ? ») à l’inguérissable aspiration à l’amour, c’est comme à un sacre du silence, à la transsubstantiation du poème en prière ou en poussière de lumineux silence, que semble aspirer l’écriture de Véra Pavlova. « Je voudrais t’écrire une lettre/ dans laquelle il n’y aurait pas un mot/ de reproche, de rancune, d’insolence,/ pas de coquetterie, de caprice, de bravade,/ pas de flatterie, de mensonge, d’entourloupe,/ pas la moindre billevesée, pas de veine philosophie…/ Je voudrais t’écrire une lettre / dans laquelle il n’y aurait pas un mot. »

L’Animal céleste
Vera Pavlova
Traduit du russe par
Jean-Baptiste & Hugo Para
L’Escampette
104 pages, 15

L’âme russe Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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