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Domaine français Au pied du mur

mai 2005 | Le Matricule des Anges n°63 | par Lise Beninca

Entre deux barres d’immeubles, juchés sur un muret tel un îlot protecteur, les personnages de Frédéric Valabrègue jouent pour nous la tragédie de leur quotidien.

Après deux romans liés à l’enfance, Frédéric Valabrègue revient avec son cinquième livre sur son terrain de prédilection, Marseille. Il plante magistralement le décor. Vue d’ensemble : un quartier séparé de la ville par un immense terrain vague. « Il y a Bon-Secours et le Grand Dehors ou Reste du Monde, synonymes d’attentes, désirs, appels. » Plan rapproché : « Les blocs de la résidence de Bon-Secours sont déjà de jeunes ruines. Des bâtiments jetables. Ce sont des ruines depuis l’année même de leur construction. » Zoom : « Le carrelage en aggloméré des halls ressemble à du fromage de tête. C’est froid et mou. » Les mots résonnent comme le bruit sec d’une porte qui claque répercuté le long des couloirs de la résidence, faisant trembler les murs trop minces. Valabrègue pose son œil aiguisé sur les habitants des lieux, coincés dans ce décor comme des souris dans une boîte à chaussure. Guy, Cognette, Nadège et les autres, un petit clan qui s’est donné un titre de « noblesse sous-prolétarienne » en forme d’antiphrase, les Mauvestis. Regroupés sur le muret de l’arrière-cour autour d’Ambrosi, pas vraiment chef mais « trait d’union » entre eux, ils tentent de rendre leurs vies moins vagues que le terrain qui les entoure. Paumés qu’ils sont dans une société du flou, de l’abstrait. « Nous sommes ceux qui sont venus après radio Nostalgie. Nous sommes nés, non pas après une guerre, non pas après l’Histoire, mais quand il y a même plus eu d’histoires à bégayer. » Les Mauvestis cherchent en tâtonnant à s’extirper de l’ennui et du formatage qui les guette. Parce qu’ « on fait le monde là où on se trouve ». Commencer par s’extraire autant que possible des codes vestimentaires, langagiers et de consommation qui gèrent la vie en cité. Bannir de son vocabulaire toute expression locale. « Mais comme on les a pas toutes repérées, on fait ce qu’on peut. » Parce qu’ils sont conditionnés, fatalement. Parce que tout les rattrape. Que leurs vies sont pesantes, empoissées. Ils font du surplace, encombrés par leurs frustrations, leur malaise, leur amour-propre. Et la tragédie s’opère. Elle frappe violemment Ambrosi, un de ceux dont on dit qu’ « ils promettent, n’arrêtent pas de promettre, jusqu’au jour où on s’aperçoit qu’ils se sont fanés, sont devenus blets, de vieux jeunes hommes qui ont autrefois promis… » On ne se départ pas facilement du milieu dans lequel on est englué. Alors ça dérape, chacun dans son histoire. « Les Mauvestis ont été repris par la vie. » Et c’est tout le groupe qui part en déconfiture avant même de s’être vraiment rassemblé. Les velléités de combat s’achèvent sur un amer constat : « en fin de compte, nos intentions, nos idées, ça se résume à pas grand-chose ».
Entre chronique et roman, Frédéric Valabrègue cerne avec verve et justesse une réalité sociale triste à hurler. Il fait vibrer l’une après l’autre des solitudes, donnant à chacun de ses personnages un accès au « je » pour exprimer sa part d’humour et de misère. On peut regretter quelques longueurs dans certains chapitres retraçant expériences sexuelles et soirées arrosées, qui s’éloignent de la « nervure » du texte au risque d’éloigner aussi le lecteur. Mais l’écriture de Valabrègue rend avec habileté et vigueur les préoccupations et le parler de cette bande de jeunes, dont les dérapages sont la marque inévitable de failles impossibles à calfeutrer. Il nous laisse au bord d’un gouffre béant, parce qu’il n’y a pas de réponse à cet état de fait. Après la dislocation du groupe, le muret reste vide « comme un point d’interrogation ».

Lise Beninca

Les Mauvestis
Frédéric Valabrègue
P.O.L, 384 pages, 19,90

Au pied du mur Par Lise Beninca
Le Matricule des Anges n°63 , mai 2005.
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