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Domaine français Spirale du vertige

juin 2005 | Le Matricule des Anges n°64 | par Richard Blin

Sur fond de rêves et d’abîme, de frontières qui se déplacent, le voyage au bout de la nuit de Bruno Krebs.

Ouvrir un livre de Bruno Krebs, c’est embarquer à la rencontre de l’insaisissable, et accepter de vivre les mouvements ténébreux d’aventures tout intérieures. C’est être admis dans les quartiers interdits d’une mémoire, c’est partager ou retrouver des émotions ou des pulsions archaïques, c’est voir le jour dans la nuit. Car Bruno Krebs a fait du rêve son matériau de prédilection. Avouant écrire « un peu comme un dormeur respire », le veilleur en lui négocie avec le rêveur le butin de chaque nuit afin d’en tirer la matière d’un texte ne dépassant généralement pas une ou deux pages. Ces récits, il les accumule depuis plus de trente ans il est né en 1953 sous un titre générique : Le Voyage en barque. Chute libre en propose une sélection organisée en quatre ensembles titrés « Tombés du ciel » ; « De ce train-là » ; « Tsékéli-li » et « Un Polichinelle à Madagascar ».

« Des Vosges himalayennes »
Conjuguant le rêve et le quotidien à la façon dont un musicien joue de l’harmonie et du contrepoint, l’ensemble de ces textes théâtralise quelque chose comme les mille et un états provisoires d’un moi confronté à des lieux et un temps possédant leurs lois propres comme leur propre centre de gravité. Un « je » y est modelé, modulé par toute une série de vertiges, d’attentes, de désespoirs, d’obstacles, de résistances. Des expériences brutes, des mises à l’épreuve, des mouvements d’emprise ou de fuite (souvent impossible), des états d’effervescence, des épopées dérisoires. Des scènes arrachées à la nuit, des suites d’équilibres instables, des états de suspension comme on en vit dans les rêves. C’est labyrinthique et désarmant. « Il n’y a pas à interpréter les rêves. C’est le rêveur qui interprète la vie. Le Voyage en barque n’explique pas plus les songes que les mensonges, mais reflète une aventure intérieure, en transgressant des barrières inutilement opaques ».
Dans un espace où les limites se chevauchent ou s’annulent un univers où l’on peut se retrouver dans les « Vosges himalayennes » ou à proximité d’une « cathédrale carolingienne », où il existe des « tremblements de mer » comme il peut pleuvoir des cloches ou tomber de la neige incandescente, où l’on peut se faire voler sa tête, croiser Beethoven dans un salon, ou fréquenter des mortes-vivantes, tout n’est que masques, sillage d’affects, identité illusoire. Chaque situation illustre un mode inédit de participation au monde, une façon de s’y heurter ou de s’y aiguiser. C’est ainsi qu’à force d’écrire ce qu’il rêve, et de rêver ce qu’il écrit, Bruno Krebs a fait de l’écriture une machine à passer clandestinement toutes les frontières, à échapper aux lieux communs, à voyager hors cadre, à dépayser les certitudes les plus ancrées. Comme s’il s’agissait, par une sorte de connaissance ou d’approche de biais, de mieux donner à percevoir la façon dont les autres, un secret ou simplement des lieux, peuvent nous affecter. Car sous la fantaisie, le cauchemar ou la désinvolture, c’est l’angoisse qui nourrit essentiellement cette écriture. Une angoisse comparable au vertige et à l’enchaînement fatal qui mène à la chute.
Des récits infiltrés de souffrance secrète, d’échos, de présences obsédantes. Des textes où se restructurent les réminiscences venues de ce fond d’enfance dont nous ne nous délivrerons jamais. Un livre à lire avec sa propre enfance et ses propres hantises, c’est-à-dire en y transfusant silencieusement les échos de nos propres rêves.

Richard Blin

Chute libre
Bruno Krebs
L’Arpenteur, 205 pages, 19,90

Spirale du vertige Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°64 , juin 2005.