La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Médiatocs Génération écran plat

juin 2005 | Le Matricule des Anges n°64 | par Gilles Magniont

Mazarine Pingeot, fille de et future mère, met sa vie en forme.Puis vend sa télé.

Bouche cousue

Je reste enfermée dans la maison. Ma chienne préfère le sommeil, je ne la comprends pas » : trois propositions, quelques mots très simples, Mazarine effleure le mystère du règne animal. Puis, dans la même page, elle évoque le chat, le cheval, ou encore la grenouille. Mais comme cette dernière rappelle Kermitterand, la future mère a ce cri déchirant : « Peut-être vendrons-nous la télé quand tu arriveras. »
Certains diront qu’il est bien des gens qui se débarrassent de leur télé, mais peu qui la vendent (sauf nécessité extrême), et que Mazarine n’est donc pas très généreuse, un peu petite bourgeoise pour ainsi dire. Balivernes que tout cela : Bouche cousue la montre particulièrement soucieuse de son prochain. Certes, on pourrait ironiser sur cette jeune propriétaire qui va manger chez son « architecte » ; n’empêche que c’est bien aux gens du chantier que vont toutes ses pensées : « Il y aura (…), j’espère, de la poussière et des murs cabossés, des ouvriers qui mettent la radio très fort à sept heures du matin, et mangent du saucisson à dix heures ». À dix heures, saucisson ! Rien de plus joyeusement réglé qu’un ouvrier. Mazarine, qui rédige sa thèse mais n’a pas trop envie d’enseigner, préfère quant à elle « refuser les horaires, travailler chez soi, pour soi » nul doute que l’Europe sociale se construira sur ces belles diversités, comme sur les bienfaits du métissage. « Toi, tu parleras arabe », annonce Mazarine à son enfant : c’est courageux, car cela implique qu’elle ne pourra partager le saucisson de dix heures, et que le père lui-même vient « de l’autre côté de la Méditerranée ». Il s’appelle « Mohammed », mais « il écrit son scénario » : qu’on n’aille pas dire après que tous les Arabes vous m’avez compris.
Donc, moralement inattaquable. Est-ce alors que la télé vaut très cher ? Mazarine n’en dit rien, elle qui fait par ailleurs assaut de précisions (comme lorsqu’elle évoque l’annonce des résultats de l’agrégation : « au dix-huitième nommé, j’ai entendu mon prénom » ). Pareil silence pourrait suggérer un home cinéma honteux, sis sur un meuble désespérant… Là encore, Bouche cousue décourage toute supputation malveillante, puisque la distinction est partout présente dans l’écriture. Notons en ce sens que Mazarine parle d’elle-même à la première personne ( « Je monte à cheval », « Je rentre en hypokhâgne » ), mais aussi à la troisième ( « Marie donc a commencé à regarder la télévision à six ans » ), voire parfois à la deuxième ( « Mazarine (…), tu es là, et le monde retrouve ses formes » ) : comment parler d’un vulgaire « témoignage », cette alternance signale assez la mise en forme littéraire ! Et que dire des réminiscences livresques ? Telle métaphore luxuriante a des contours baudelairiens ( « Mon corps est un musée d’archives obstrué par le silence » ), ailleurs c’est La Recherche du temps perdu qui fait écho ( « Longtemps je vais à la cantine » ). Pourquoi d’ailleurs chercher si loin ? C’est dans une famille d’aujourd’hui que notre autrice s’inscrit : celle qui, d’Annie Ernaux à Marie Darrieussecq, dit si bien ce qu’est un corps de femme. « Au bout de neuf mois, il faut que le bébé sorte », « chaque jour, j’ai l’impression que mon ventre s’arrondit », « J’ai souvent sommeil. Je résiste », « Mon ventre s’arrondit, mais c’est imperceptible. Le temps des choses. Le temps du corps », on voudrait tout citer, espérons que ces lignes seules donneront envie.
Alors, cette télé à vendre ? Rappelons que Mazarine s’est déjà illustrée dans de nombreux domaines : livres, travaux universitaires, Villa Médicis, chroniques pour Elle, critique chez Field, dimanche chez Drucker. Figure littéraire et universitaire, chic et popu, douloureuse et sympa tyrannique au sens de Pascal : « La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre ». Peut-être cette tyrannie emprunte-t-elle maintenant une nouvelle voie, celle des petites annonces.

Gilles Magniont

Bouche cousue
Mazarine Pingeot
Julliard, 228 pages, 18

Ce qu’en dit la presse…

La Libre Belgique :
« Bouche cousue (…) est un ouvrage précieux. (Mazarine) y aborde avec finesse et justesse de ton les plus grandes questions qui soient : les racines, l’image de soi, le rapport aux autres, la notoriété, le mensonge, la mort, la descendance, l’oubli. »

Blog de Pierre Assouline : « J’ai beaucoup de compassion pour cette jeune fille et bien au-delà, d’admiration pour ses talents tout à fait personnels (euh, j’avoue que mon jugement ne repose pas sur la lecture de ses… écrits). Concernant son œuvre littéraire, de nombreux besogneux de la plume jalouseront ses succès de librairie, elle est condamnée à être inclassable parce que illégitime à leurs yeux. »

Le Soir : « L’écriture est chaotique, maladroite. Mais le récit, sincère. Et l’on finit par ressentir l’insolite tendresse de ce drôle d’univers. »

Génération écran plat Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°64 , juin 2005.