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Domaine étranger Déchirure à la loupe

juin 2005 | Le Matricule des Anges n°64 | par Richard Blin

L’écrivain écossais Ron Butlin a l’art de se tenir au plus près du détail où se noue l’intense de l’émotion ou de la souffrance.

Ron Butlin, avant de se consacrer entièrement à l’écriture, a été racleur de bernacles sur les barges de la Tamise, valet de pied au service de différentes ambassades et hôtels particuliers, modèle artistique, et même auteur de chansons dans un groupe pop. Il aime les situations tranchées, la musique viscérale et psychique qu’engendrent les grands maux. Après Le Son de ma voix (Prix Millepages 2004 du meilleur roman étranger), qui s’attachait aux pas d’un cadre ayant brillamment réussi mais qui, miné par l’alcool, glisse doucement mais sûrement sur la pente de la plus inéluctable des débâcles, voici Visites de nuit.
Il s’agit cette fois d’évoquer le voyage au bout de la nuit d’un garçonnet d’une dizaine d’années soudain confronté à la mort, celle de son père, qu’il a découvert assis dans son lit, les yeux ouverts et déjà rigide. Alors, comme poussé par une intuition salvatrice, et afin de ne pas être englouti par les flots du désespoir, il décide de rejoindre son reflet le miroir du buffet de la cuisine. « Les bouts de leurs doigts se touchèrent. Après un moment d’hésitation, il pressa plus fort, passant à travers, jusqu’au silence en dessous.// Son reflet et lui-même, ensemble, regardant dehors pour la première fois. Comme s’il voyait la pièce à travers les yeux de son reflet ». Symboliquement passé de l’autre côté, il va vivre la suite des événements depuis l’intérieur tout imaginaire de son armure de cristal, protégé par cette matrice invisible. « Tu ne te sens pas mal, même quand tu te souviens être entré dans sa chambre et l’avoir trouvé. Ça n’a plus lieu d’être maintenant. C’est dehors, comme la tristesse de la voix de ta mère ».
Tout son problème, dès lors, consistera à maintenir à distance, c’est-à-dire dehors, les forces multiples qui le menacent. Parce qu’après avoir perdu son mari et sa maison, sa mère a été accueillie par sa sœur aînée, qui a transformé la maison de leur enfance en un hospice peuplé d’alités et de simples d’esprit. Dans cette maison, qui n’est pour Malcolm qu’un immense « NON », il va vivre un calvaire parallèle à celui qu’endure sa « tante préférée », une vieille fille restée sous l’emprise d’une mère tyrannique et sadique, pourtant morte depuis plus de dix ans. « Elle est bizarre, surtout ses yeux. Toute la journée, ils n’ont jamais simplement regardé toi, mais toujours en toi. Ils fixent ».
Organisé en quatre parties (« Soir », « Obscurité », « Nuit », « Matin »), le livre est construit selon un principe d’alternance donnant à voir et à vivre les affres de l’un et de l’autre. Un chapitre pour Malcolm, un chapitre pour Fiona, la tante préférée. Mais si, pour Fiona, la narration se fait à la troisième personne, Ron Butlin a choisi la deuxième personne pour mieux nous faire partager la situation de Malcolm. Un choix qui reflète la position décentrée qui est la sienne. En exil de soi, séparé, réfugié derrière le miroir, il est ce regard de l’autre qui appréhende le réel comme s’il n’était qu’un simulacre. D’où une étonnante sensation d’oppression et d’enfermement.
Ce ciel qui pèse, on le retrouve tout aussi lourd sur la tête et les épaules de Fiona. Livrée aux feux de la tentation, et en proie à une insatisfaction hystérique, elle combat ses démons en multipliant les lectures de la Bible et les rituels plus au moins superstitieux. Hélas, ils n’exorcisent rien. Vivant parmi des ombres et des fantômes, elle ne cesse d’arpenter, la nuit, les couloirs, comme autant d’impasses du désir…
C’est au miroir de ce désir et de cette frustration que nous la montre Ron Butlin. Un miroir qu’incarne Malcolm, qui, à son corps défendant, se trouve pris dans le carrousel des figures obsédantes qui aliènent sa tante écartelée entre l’inavouable et la culpabilité. Un livre hanté de présences et résonnant des harmoniques de l’inconciliable. Ron Butlin a l’art de se tenir au plus près du détail où se noue l’intense de l’émotion ou de la souffrance. Une écriture qui colle à l’intime et dont la nudité réussit cette gageure de donner chair et visage aux pensées les plus secrètes.

Richard Blin

Visites de nuit
Ron Butlin
Traduit de l’anglais par Valérie Morlot
Quidam éditeur, 176 pages, 17

Déchirure à la loupe Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°64 , juin 2005.