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Domaine étranger Aux armes, et cetera

janvier 2007 | Le Matricule des Anges n°79 | par Benoît Legemble

Aux confins du drame historique et de la tragédie, le magnifique roman de Liviu Rebreanu (1885-1944) saisit le dilemme d’un soldat sans avenir placé sous l’égide de l’Empire.

La Forêt des pendus

Second succès de l’écrivain roumain Liviu Rebreanu, La Forêt des pendus, publié en 1922, conforte l’intérêt grandissant suscité par Ion, son premier chef-d’œuvre paru deux ans plus tôt. Pourtant, rien de très gai dans tout cela, bien au contraire. La matière de son roman en grande partie autobiographique, l’écrivain la puise dans le drame de toute une nation et dans le désastre de sa vie personnelle. C’est qu’un subtil jeu d’alliance contraint au combat, à partir de 1916, la partie germanophile de la Roumanie face au bulldozer prussien et autrichien. Ajoutons à cela la défection de l’allié russe et l’on obtient l’exode d’une partie de la Moldavie ainsi que l’occupation de Bucarest. Devant un tel désastre qui pousse une partie du peuple à œuvrer aux côtés des puissances centrales contre leurs frères roumains, Rebreanu extirpe la moelle de son roman. Lui-même a d’ailleurs perdu son frère, Emil, dans des circonstances analogues à celles qu’il raconte dans La Forêt des pendus. Et s’il ne connaîtra pas le même sort qu’Emil, il sera malgré tout poussé à la fuite, exilé en Moldavie pour se protéger des accusations de déserteur et de sujet austro-hongrois qui pèsent contre lui.
Car en cette période de tumulte, la moindre suspicion trouve son prolongement dans la cour martiale et la potence. C’est d’ailleurs en tant que membre du jury de cette cour qu’Apostol Bologa, le jeune héros du récit de Rebreanu, siège à Zimine. Il vient alors tout juste de quitter l’université, mais les préceptes philosophiques appris sur les bancs de la faculté s’avéreront très vite bancals et ne résisteront pas à la réalité de la guerre. Plein de certitudes au commencement, le lieutenant Bologa abandonnera ainsi sa jeune épouse Marta pour parachever son éducation et faire la fierté de son épouse comme militaire. Très vite, il développe un sentiment du devoir d’une rigidité telle qu’un magistrat de province en proie à la tétanie en resterait coi. Sans la moindre empathie, il condamne ceux qu’il appelle « les traîtres » à la pendaison, faisant fi des circonstances atténuantes, à l’image de cet homme qui doit aller au secours de son père. Même Zimine avec ses pendus et sa fose à l’ « argile gluante et jaune » peinent à le décontenancer. « Personne ne condamne de gaîté de cœur », insiste Bologa, avant d’ajouter : « Mais quand la faute est évidente, on est bien obligé. Parce qu’au-dessus de l’homme et de ses intérêts particuliers, il y a l’Etat ! » Un autre soldat, Gross, s’oppose pourtant à ce point de vue, défendant bec et ongles l’attachement aux valeurs humanistes : « Il n’y a rien au-dessus de l’homme ! », s’exclame-t-il en réaction aux propos du lieutenant. Le reste du récit se veut une illustration de ce dialogue. Car la guerre change tout, et les âpres conceptions de Bologa seront amenées à s’adoucir à mesure que le front se déplace. Une fois digérée la nouvelle d’un affrontement contre ses frères roumains, Bologa se sent perdre la tête. Plus rien n’a d’importance, pas plus la médaille qu’il a obtenue pour s’être débarrassé du projecteur russe qui narguait son bataillon depuis des nuits que la potence qui l’attend s’il souhaite passer de l’autre côté du front. Sa vision du monde est dès lors diamétralement opposée, lorsqu’il affirme que « la loi, le devoir, le serment, ne sont valables qu’aussi longtemps qu’ils ne nous obligent pas à commettre un crime contre notre conscience ! ». Parti du village natal de Parva pour aller au combat, il y reviendra en permission et prendra l’entière mesure du changement, comme avec son ami d’enfance Pàlàgiesou devenu un informateur qui donne les noms des prétendus agitateurs aux autorités. À commencer par le curé. De même, le mariage de Bologa et Marta ne peut pas durer à l’épreuve du conflit, et le lieutenant rompt l’union. Il a de toute façon rencontré une autre jeune femme dans son nouveau campement, à Lounca. C’est la fille du fossoyeur qui lui sert d’hôte. Elle s’appelle Illona. Et comme pour accentuer l’essence tragique du récit, Bologa connaît la révélation amoureuse à mesure que la situation devient insolvable pour lui. L’issue tragique semble scellée. Pourtant, le très dur personnage du début du récit a fait peu à peu place à un homme ouvert aux siens et à Dieu.
De La Forêt des pendus, on pourrait dire qu’il s’agit d’un roman d’apprentissage mais aussi d’un récit de conversion. Conversion à l’humanisme tout d’abord, mais aussi à la religion. Le nom même d’Apostol laissait présager la destinée exemplaire de cet anti-héros. Son existence tout entière est marquée par cette relégation du statut de bourreau à celui de victime. D’un point à l’autre, il y a l’errance puis la révélation et la rédemption. On retiendra aussi du roman de Rebreanu l’antimilitarisme intelligent à travers une satire qui refuse les clichés. Mais il fait surtout sens en ceci qu’il n’a d’autre but que de montrer « un homme dans toute la vérité de sa nature », ainsi que le formula Rousseau dans ses Confessions. Un parcours qui reste avant tout celui de l’excavation, où comment passer de l’ombre à la lumière.

La FÔrêt des pendus
Liviu Rebreanu
Traduit du roumain
par Jean-Louis Courriol
Éditions Zoé,
« Les Classiques du monde »
347 pages, 23

Aux armes, et cetera Par Benoît Legemble
Le Matricule des Anges n°79 , janvier 2007.
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