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Domaine étranger La survie de Brian

juin 2007 | Le Matricule des Anges n°84 | par Thierry Guinhut

Joyeusement dérangé, le deuxième roman de James Hawes mêle téléréalité et fiction politique pour une satire mordante de l’Angleterre.

Pour le meilleur et pour l’Empire

Les émissions de téléréalité inspirent bien souvent les écrivains contemporains. Pensons à Battle Royale du Japonais Koushun Takami, dans lequel une île était le théâtre d’un affrontement sans merci entre des adolescents. Moins cruel peut-être, quoique on puisse y voir mourir un participant, est le jeu télévisé qui envoie une poignée d’Anglais parmi les jungles de Papouasie. Seul, avec un rien de vivres et de médicaments, mais une caméra numérique, il s’agit de tenir, de semaine en semaine, d’être le dernier et d’empocher deux millions de livres.
Brian Marley, « le cœur glacé par l’implacable tragédie de l’existence », sera celui-là, banal quadragénaire qui a perdu l’amour, son divorce, un fils de 3 ans dont il n’a qu’une garde sporadique, sa dignité professionnelle… Professeur d’anglais « langues étrangères », il ne trouve pas mieux que d’être amoureux d’une de ses élèves, Consuela, à qui il plante un demi-baiser sur les lèvres avant de déguerpir… L’Angleterre n’est plus ce qu’elle était. Pourtant, parmi des marais pourris de crocodiles, Brian tient bon, jusqu’à ce que les hélicoptères de la télévision se tamponnent et explosent. Le voilà sans balise, les piles de sa caméra agonisante. Il ne lui reste plus qu’à escalader une falaise démesurée, au-delà de laquelle il déboule, frappé par une balle de cricket…
La fiction prend alors un autre tour, surréaliste à souhait, proche des Voyages de Gulliver de Swift : recueilli dans une colonie coincée entre des montagnes et des cannibales, il reconnaît alors tous les clichés et les traditions d’une Angleterre figée dans les années 50. Sous l’autorité d’un vieux conservateur qui jouit du « droit de cuissage », quelques centaines d’habitants vivent en économisant armes, vêtements et baraquements bien anglais et sauvés d’un avion abattu par un Mig des « Rouges ». Un nationalisme revanchard les anime, une foi victorienne dans l’Empire britannique les galvanise. Après une période d’amnésie bien compréhensible, notre Brian, choyé en particulier par la jolie George doit rendre compte de l’évolution de la Grande Bretagne. Quoi ? L’Union soviétique s’est « désagrégée », Margaret Tatcher a nettoyé un état providence en faillite, les travaillistes privatisent en balayant les syndicats et ne taxent plus qu’à quarante pour cent… La pilule est dure à avaler, surtout si l’on pense à cette « jeunesse droguée » et décervelée par la débilité des écrans. À ce stade, le lecteur imagine que l’opération de sauvetage montée par une télévision qui a plus de spectateurs que les élections ont de votants, ramènera chacun au bercail pour que tout reprenne son cours normal… C’est là que le roman de James Hawes, aussi amusant que porteur d’une réflexion critique qui fait long feu, opère un nouveau retournement.
Grand guignol ou retour à la morale ? Le Premier ministre est non seulement ridiculisé, mais battu aux élections par le Directeur de la colonie qui instaure un gouvernement aux valeurs nationalistes avec ce slogan qui fait la joie des gros bras : « Retroussons nos manches ». Brian ne touchera pas ses millions, mais un emploi de connivence, alors que l’Angleterre devient un nouvel État d’Amérique, régénérant l’empire anglophone.
On pourra trouver grotesque, un peu trop facilement et complaisamment mis en scène ce fantasme de retour à l’ordre fascisant, cette uchronie, et estimer que la fin de ce roman brillant n’est pas à la hauteur de ses promesses. Peut-être, pourtant n’est-il pas plus délirant que nos téléréalités ? Et quitte à jouer dans la cour de la satire, ce Speak for England, si malicieusement traduit par Pour le meilleur et pour l’Empire, y va bille en tête, pour le plaisir des rieurs, mais aussi des observateurs et sociologues désabusés que nous sommes devant le destin des nations.

Pour le meilleur
et pour
l’Empire

James Hawes
Traduit de l’anglais par Olivier Deparis
L’Olivier
364 pages, 19

La survie de Brian Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°84 , juin 2007.
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