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Poésie Aux grands astreignants

juin 2007 | Le Matricule des Anges n°84 | par Emmanuel Laugier

Jacques Dupin rassemble cinquante-quatre ans d’écoutes de la poésie moderne. Une somme vivante, rageuse, où s’invente une communauté en résistance.

M’introduire dans ton histoire

M’introduire dans ton histoire, titre emprunté à un sonnet érotique de Mallarmé, correspond bien à la façon dont Jacques Dupin pense la poésie. Écrire étant à la fois un acte d’intrusion et d’habitation. L’ouvrage réunit préfaces, interventions diverses à des hommages, des catalogues, des invitations. Chacun des textes fut donc une occasion, et dans la langue de Dupin un appel serré, dense, replié sur le travail intérieur et retors, commotionnant, de tout acte de lecture. Il aurait pu parler de Saint Augustin, mais il préfère accompagner les vivants et les morts proches : en 81, des poèmes de Paul Auster, il dit en deux pages quel vide les creuse et tend leur équilibre. De Reverdy, il témoigne de leur amitié et de la vitesse si compacte de son vers et de la façon dont il se confronte au réel. Si seul Artaud, par la double voyelle où se commence la prononciation de son nom, est absent, c’est parce qu’il est peut-être, pour Dupin, l’impossible même dont se tend le poème, celui que porta à bout de bras, jusqu’à l’incarner, Artaud dans l’atroce écartèlement de soi. Et celui où s’éprouva aussi le battement syncopé de la folie, tel que l’auteur des Chansons troglodytes le côtoya dans son enfance à l’hôpital Sainte-Marie à Privat que dirigeait son père. M’introduire dans ton histoire devient la réponse continue de cet écart par quoi l’opération du poème s’imagine, puisqu’elle endure le commencement de toute écriture. Celui, de fait, dans lequel écrivent les vingt-trois auteurs ici réunis.
Ce moment, véritable fil rouge du livre, est celui où l’écriture se jette dehors, se défenestre, sort de la maison pour se confronter à la réalité rugueuse, quitte à bégayer l’impossible surgissement du réel où elle se casse et s’ouvre. Ce volume en est le témoignage, et pour tous les poètes auxquels Jacques Dupin s’adresse, son phrasé est celui d’une recherche où s’éprouvent la nécessité et la vérité d’une voix, celles d’une expérience, d’une pensée, jusqu’à même y sentir leur révocation, leur hardiesse étouffée, leur douleur, leur agonie. Du poète suisse franco-allemand Charles Racine, et de son Ciel étonné, il dira, par exemple, que sa force était « une cascade dans la voix de sensations, pensées, visions qui affluent et la trouent. Un cours accidenté qui réplique à l’insistance du lancer, de l’entame incantatoire. » De la prose de L’Eau des fleurs de Jean-Michel Reynard, il nomme l’attirance et les déroutes. Claude Royet-Journoud est le poète de « percussions suspendues et dilapidées », Jean Tortel, lui qui déchiffrait les jardins en géomètre du vers, celui dont il « aime cette dilacération/ de l’immense livre vert ». À son frère de cœur André du Bouchet, il donne trois grands textes, voix en delta de son bâton de coudrier. De Nicolas Pesquès, scrutateur infatigable de la face nord de Juliau (Ardèche), il reconnaît plus encore que l’endurance de l’écriture sur motif, « une précise inflexion dans le jaillissement et la concaténation des contraires, des partenaires. Du grillon et de la nuit. De l’épervier et de l’insomnie. Une exactitude presque sardonique dans le vert de la discorde et de l’herbe… » Passion, pour tous, du réel, que Jacques Dupin oppose aux fadaises de l’imagination et à l’emprise conceptuelle. Le troisième texte (« L’ordre insurgé du sang ») qu’il consacre à son ami René Char, préfacier de son premier livre (Cendrier du voyage, 1950), dessine un véritable art poétique : « l’expérience poétique est à la fois une pratique et une agonie. (…) Mais aussi l’acte le plus nu, le plus risqué, et d’une simplicité indicible. Il est à la limite, l’irréalisable de toute action humaine ». C’est la leçon que donne toute véritable littérature.

* Viennent également de paraître 04.03 Mélanges pour Jacques Dupin (P. O. L, 190 pages, 21 ) ; un hors-série de la revue Faire-Part : Jacques Dupin, matière d’origine (228 pages, 23 ) et le N°8 de la revue Méthode (actes du colloque de Pau tenu en 2004) : Jacques Dupin ou l’effraction poétique

M’introduire dans ton
histoire

Jacques Dupin
Préface
de Valéry Hugotte
P. O. L
222 pages, 22
(108 pages, 35 )

Aux grands astreignants Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°84 , juin 2007.
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