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Théâtre L’invraisemblable réel

juillet 2007 | Le Matricule des Anges n°85 | par Laurence Cazaux

Ancrée dans l’histoire récente algérienne, Hajar Bali cherche, par l’étrangeté de ses propositions, à explorer « l’humain au-delà des phrases ».

Rêve et vol d’oiseau

C’est une vraie belle découverte que l’écriture d’Hajar Bali. Née en 1961, cette Algérienne, docteur en mathématiques pures, enseigne à l’université d’Alger. En parallèle, elle écrit du théâtre, des nouvelles et de la poésie. Elle a déjà bénéficié de plusieurs résidences d’écriture, entre autres à Lyon et au Mali.
Dix de ses pièces viennent d’être publiées dans un recueil aux éditions L’ACT MEM (anciennes éditions Comp’act). Hajar Bali écrit en français, et c’est la première fois qu’une édition personnelle regroupe plusieurs de ses pièces (elle a été déjà publiée dans des ouvrages collectifs). La publication de ce recueil est en soi une aventure, puisqu’elle est le fruit de la collaboration entre deux associations, Chrysalide à Alger et Gertrude 2 à Lyon. Deux structures qui organisent chaque année une manifestation de co-développement entre l’Algérie et la France.
Les dix pièces figurant dans le recueil sont très courtes, une pièce en trois actes pouvant ne comporter par exemple que huit pages. L’écriture d’Hajar Bali est à l’opposé de toute forme de bavardage. Dans cette concision, l’écrivain fait preuve d’un vrai art de la nouvelle dialoguée. Autre aspect très surprenant, ses textes partent toujours d’un constat de la société algérienne d’aujourd’hui, un constat souvent dur, (l’auteur évoque régulièrement des faits historiques précis), et pourtant, Hajar Bali parvient à se détacher du réel, pour basculer dans l’étrangeté. Cela permet au final de décaler le regard et donc de décoder autrement le réel. L’auteur écrit à la fois un théâtre poétique, intime, onirique et souvent drôle. Un théâtre dans lequel la fatalité est inscrite, avec par contrecoup de la cruauté, sans pourtant perdre de sa vitalité.
Un avant-propos évoque le travail de l’auteur. Hajar Bali dit « écrire un théâtre qui signifie plus dans son silence que dans sa parole, travailler sur des atmosphères, à la fois très intimes et très invraisemblables, dérouter, ne pas aller directement au sens, ne pas être « trop experte », mais être ancrée dans le réel sans avoir besoin d’expliquer. Et aussi, prendre une distance feinte pour ne pas surdimensionner le tragique, avoir l’élégance de ne pas manipuler les esprits avec un regard de victime, rester dans la légèreté, mais pousser, par l’étrangeté, à aller chercher l’humain au-delà des phrases. »
C’est un exercice d’équilibriste périlleux, mais l’entreprise est précieuse et suffisamment rare pour espérer que ce théâtre soit plus largement connu et diffusé.
Le recueil débute par une pièce courte, de quatre pages, Birmandreis, du nom d’un quartier d’Alger, un vrai dédale de rues en pente. D’emblée, l’auteur nous perd. C’est la nuit, un couple en voiture s’est égaré, il rencontre deux enfants abandonnés. L’auteur mêle des dialogues avec des voix off, d’autres chuchotées… Le temps s’est arrêté, la fin reste ouverte comme un point d’interrogation, sommes-nous dans un rêve, un cauchemar ? Le recueil enchaîne sur une comédie, Homo sapiens, Adam allant consulter chez un psychanalyste à cause de son incapacité à souffrir. Le psychanalyste envisage de se remettre à la poésie suite aux interrogations d’Adam, entre autres sur la nécessité du crime (dont celui de Mohamed Boudiaf).
Une des répliques de la pièce est un hommage aux femmes : « Elles savent tout… ou presque. Elles ont encore assez de courage pour contrecarrer tout projet de fin du monde. » C’est cette même utopie qui est à l’œuvre dans ces dix textes, tous très différents, avec pour constance cette même étrangeté élégante.

RÊve et vol
d’oiseau

Hajar Bali
L’ACT MEM
108 pages, 14

L’invraisemblable réel Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°85 , juillet 2007.
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