La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Sauterelle à plumes

juillet 2007 | Le Matricule des Anges n°85 | par Richard Blin

Entre rêverie poétique et vagabondage désinvolte, le réalisme magique « à la française » de Jacques Réda, en vingt rencontres.

Parce qu’il a l’âme perméable, sait cultiver l’art d’être là et ailleurs à la fois, et pâture depuis longtemps au hasard, « le long des jours, sans autre souci que de (se) jeter sur les sensations immédiates dont (il) se nourrit », Jacques Réda, a eu l’occasion de croiser toutes sortes de gens. En vingt évocations relevant du tissage du passé et du présent, du vertige d’être et de la volupté du possible, il nous invite à partager quelques-unes de ses rencontres. Des situations où ce qui se montre est bien souvent autre que ce qu’il semble. Qu’il s’agisse, en effet, des tribulations d’un « excursionniste », de celui avec qui on doit partager un compartiment de couchettes, de la recherche d’une chatte perdue, d’un hommage à d’anciens professeurs ces « dieux modestes » ou d’une femme de ménage en quête de vérité mystique, le réel se révèle toujours beaucoup plus mystérieux qu’il n’y paraît. Contre toute attente les limites se mettent à onduler, à s’effacer, des présences ou des évidences s’imposent, un ange vous photographie ou « la boulangerie du bout du bois du bouc » devient un avant-poste du royaume des Enfers.
Entre hallucination et transfiguration, le monde s’ouvre à la féerie, ou tout au moins à cette forme de merveilleux relevant d’une véritable expérience poétique du réel. Ainsi lorsque sous les auspices d’une sorte de « conjonction astrale s’opérant malgré des abîmes de distance », deux jeunes filles « Non pas des « petites jeunes filles » (ces adolescentes à fous rires qui par désarroi de vivre exhibent leur nombril) : des jeunes filles ordinaires avec une persistance d’enfance dans l’œil, et une réserve qui la prend délicatement en charge » deviennent des figures d’Annonciation. Ou lorsqu’un plateau, s’ennuyant dans son cercle de collines basses « mais tourmentées par des idées de grandeur », se réveille de son engourdissement millénaire grâce au talent de conteuse d’une tenancière de buvette. Du plus familier au plus saugrenu, on est toujours entre fantastique et humour, rêverie poétique et vagabondage « par les voies logiquement irrationnelles de l’esprit », comme dans l’évocation de ce stylite qui, plutôt que de se tenir en permanence au sommet d’une colonne, « comme un acrobate du divin », choisit de promener la pierre « qui lui tient lieu de domicile et de sanctuaire », mais aussi d’autel portatif pour la main légèrement phosphorescente de femme, dont il ne se sépare jamais et dont il use comme d’une boussole divine.
Une manière totalement décalée d’investir le monde et de pervertir, par l’humour, références culturelles et allusions savantes. Une façon d’être, aussi, faite d’attention et d’étonnement, d’embardées métaphysiques et de désinvolture enjouée comme lorsqu’il se décrit en pigeon pâturant au hasard, sorte de « grosse sauterelle à plumes dont le ressort est la peur ».
Gardant toujours une distance goguenarde avec ce qu’il écrit, Jacques Réda est un maître du décentrement subtil et de cette forme d’égarement consistant à nous entraîner dans le dédale plus ou moins chimérique de son univers à géométrie variable. Explorateur de l’extraordinaire richesse des possibles, expérimentateur d’hypothèses, musicien des apparences et rêveur de la matière et du temps, il tient à la fois de Michaux (« L’homme sain mentalement est un continuel correcteur d’impressions fantastiques. Le poète essaie parfois leur fête »), de Borges et de Cingria, pour l’art de distiller une sensation et le choix des plus singuliers sentiers. Un univers secrètement miné par le travail de l’entropie et l’inéluctable dissolution, mais c’est justement parce que tout n’est peut-être qu’illusion et nous-mêmes ombre d’ombre ou rêve de rêve ? que Jacques Réda n’hésite pas à transmuter la matière à émotion du vivre et la monnaie de la mémoire, en images, dont il ne sait pas plus que nous « pourquoi ni comment elles circulent et nous traversent ».

Toutes sortes
de gens

Jacques Réda
Fata Morgana
120 pages, 16

Sauterelle à plumes Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°85 , juillet 2007.
LMDA papier n°85
6.50 €
LMDA PDF n°85
4.00 €