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Domaine étranger Le voyageur immobile

juillet 2007 | Le Matricule des Anges n°85 | par Virginie Mailles Viard

Mariusz Wilk ne vit « nulle part plus intensément que dans ce Journal ». L’écrivain polonais raconte sa retraite glacée aux confins du Grand Nord russe.

La Maison au bord de l’Oniégo

La Maison au bord de l’Oniégo appartient au cycle « Le Journal du Nord », ouvert en 1991 avec Le Journal d’un loup, alors que Mariusz Wilk commence sa retraite dans le Grand Nord russe. À l’instar de son œuvre cet ancien opposant à Jaruzelski échappe aux classifications, écrivain, reporter, historien et poète, linguiste, il mène une danse inconnue dans le monde littéraire. Le deuxième opus de son Journal ferme l’aventure des îles Solovki, ouvre l’espace féerique du lac de l’Oniégo, et dresse une forme d’essai où la pensée contemplative et galopante, « nous précédait comme un chien courant, puis elle revenait comme pour s’assurer que nous arrivions à la suivre. »
Si Mariusz Wilk décide de quitter les îles Solovki, c’est qu’il en a fait le tour, et qu’elles sont devenues « bruyantes ». Partir s’installer au nord-ouest de la Russie, en Carélie, dans le village de Konda Biérejnaïa, pour s’exiler dans une isba et dormir au-dessus d’un poêle, c’est se tenir à l’écoute du silence sans quoi « nous ne pourrions rien dire qui vaille la peine d’être dit. » Ici pas de télévision, pas de radio, pas de journaux. Mais la glace qui saisit tout, qu’il faut trouer pour puiser l’eau, mais le bois qu’il faut fendre pour réchauffer les esprits de sa vieille demeure. La seule concession faite à la modernité est l’installation de l’électricité. Parce qu’il a fallu l’arrivée de l’écrivain polonais pour que le courant électrique atteigne Konda.
Le Journal, écrit souvent a posteriori, devient le lieu de résistance à l’oubli, là « pour perpétuer ce qui reste dans ma tête, aujourd’hui. » Sous une apparente dispersion, il distribue au fil des jours portraits, mythes, contes, anecdotes, poésie, entretiens sur l’actualité, et tisse méticuleusement dans la neige glacée de l’Oniégo, à la fois le tableau de la Russie, et le Vide de l’existence. Rien de plus construit que ce Journal, où l’évocation d’un nom ne reste jamais suspendue dans le néant, et trouve sa résonance le jour d’après dans un long portrait, lui-même support au récit d’un grand pan de l’Histoire. De « tableaux du passé » en « fils de la vierge », c’est toute la mémoire de cette contrée sauvage qui sort des profondeurs du lac.
Mariusz Wilk nous fait entendre ses voix multiples où se croisent une vision poétique du monde et le reportage littéraire. Il ressuscite au propre comme au figuré les chapelles abandonnées, convoque les esprits des isbas, accueille les skomorokh survivants, « ces joyeux lurons errants », fête sainte Plouchtchykha, saint Alexandre Svirski (« l’une de mes plus grandes aventures spirituelles »), conte le destin tragique du dernier pope de Kijy, et appelle la protection de tous ses « frères d’âmes » venus eux aussi réveiller la mémoire des lieux oubliés : Henry Miller, Thomas Merton, Ivan Polakov qui observa la fonte des glaces de l’Oniégo, Witold Gombrowicz, Nokolaï Ojieretskovski, pionnier de la géographie russe, l’écrivain Piélévine « qui personnifie le Nord, c’est-à-dire le grand Vide russe », le peintre Mioude Mietchev « un artiste contemplateur », la littérature japonaise, Saigyo le moine bouddhiste, et le mystique Kliouïev, « grand poète visionnaire ». Nous voilà, derrière son épaule, convoqués en permanence par cette langue directe, invités à regarder du plus privilégié des promontoires les anciens moujiks devenus alcooliques, la déforestation effrénée, le pillage des richesses terrestres, les villages fantômes « rayés du registre des vivants » où ne subsistent ni « les vestiges d’un château, pas le plus petit fragment de muraille ». À Konda « le givre étincelle comme des feux de Bengale », et nous restons collés, comme ce papillon aux ailes gelées, à la vitre du monde de Mariusz Wilk.

La Maison
au bord
de l’Oniégo
Mariusz WilkTraduit du polonais par Robert BourgeoisNoir sur blanc236 pages, 20

Le voyageur immobile Par Virginie Mailles Viard
Le Matricule des Anges n°85 , juillet 2007.
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