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septembre 2007 | Le Matricule des Anges n°86 | par Gilles Magniont

Banquet Quality sex dans un village classé. Mais c’était compter sans les Infra Humains.

Festival de Lagrasse : « La nuit sexuelle ». La fraîcheur du soir qui descend. Les visages qui se mordorent doucement, des mains qui se frôlent en l’abbaye. Une musique, suave, s’élance : Wake up, wake up/ Let’s make love tonight/ Wake up, Wake up/ Co’s you do it right. Ça y est, Kin Yard est sur scène, Sexual Healing, ça feule et ça soul sévère. Puis plus tard dans la nuit : des miaulements partent de la gorge d’Annie Ernnox, chica-boum toute de cuir : Like A Virgin/ Touched for the very first time/ Like A Virgin. Et au petit matin, Relax dans la sueur Don’t do it/ When you wanna come…, matraqué à moooort par Pierre Goes to
Mais non, mais non. Rien de tout ça. L’organisateur, Jean-Michel Mariou, avait prévenu son monde : quoi que son titre eût pu laisser supputer de débordements, le dixième banquet du livre n’abriterait pas « un concours de t-shirt mouillé » et les lectures de Pierre Michon n’y allaient rien changer. Pour évaluer le raffinement des enjeux, il suffit d’ailleurs de jeter un œil au programme des festivités : « randonnée pédestre guidée », « cycle documentaire », « ateliers », « rencontres du petit cloître », et puis du latin (« sub sola nocte ») et puis des mots total absolute (« Ecrire la perte »)… Rien ici qui sente son huile solaire et sa drague douteuse, mais bien plutôt un parfum d’élégance hardcore. Question doigté, la palme revenait sans doute à Franck Bardou, avec sa « parlerie » du 3 août. Non pas intervention, discussion, table ronde, entretien, ni même causerie (du reste un peu galvaudé), mais l’inusité parlerie : on se dit qu’un tel dérivé il y a mérite à le trouver ; on fait de même, on se saisit en tremblant du Littré, ah mince parlerie il semblerait que cela voulût dire « babil fatigant ». Qu’importe : le flacon est très beau.
Tout semblait donc au mieux, dans le meilleur des mondes possibles. Bien qu’abritant son banquet, Lagrasse ne fut pas souillée de buvettes ! Mais qu’on ne s’y trompe : l’Enfer restait tapi à un jet de canettes. Comme l’annonce Pierre Assouline sur son blog, c’est une « aube amère » qui vint se lever sur Lagrasse : « les collaborateurs des éditions Verdier qui parrainent depuis les origines ce Banquet du Livre ont constaté que leur librairie, installée au sein de l’abbaye avec les Toulousains d’Ombres blanches, avait été saccagée. Un mélange de gas-oil et d’huile de vidange avait été répandu sur les 12 000 volumes proposés durant la manifestation. Pas de revendication. » Et l’homme de lettres de conclure : « La police enquête. Prions pour qu’elle trouve. » Bien sûr, et qu’elle soit bien ferme. Mais avant de trouver, pourquoi pas condamner ? Christian Thorel, directeur de la librairie Ombres blanches, sait en ce sens mesurer toute la portée de ces « actes inouïs » : « on a affaire à des gens mariés à une imbécillité définitive. Il y a un aspect infra-humain dans ce geste ». Des cierges, une enquête, par pitié. Surtout, rien à sauver : définitivement imbéciles, moins que des hommes, vous dis-je, une race en dessous. Hé, c’est qu’ils ont souillé les Livres.
C’est vrai. Mais faut-il pour autant envoyer les violons de l’obscurantisme et de l’autodafé ? Faut-il y mêler les accents du café du commerce (mais que fait la police ?) et ceux du communiqué (nous n’aurons pas de mot assez durs) ? In fine, dans ce lieu de parole « où se risque une pensée », comme dit le dépliant, dans ce havre de transgression mature, voilà qu’on crie aux hordes barbares. Mais que fait la Compagnie Créole ?


Gilles Magniont

Serons-nous assez fermes ? Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°86 , septembre 2007.
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