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Poésie Les adieux Schwitters

mars 2008 | Le Matricule des Anges n°91 | par Emmanuel Laugier

Patrick Beurard-Valdoye publie le dernier volume de son « cycle des exils » et invente une forme poétique critique de l’histoire.

Le Narré des îles Schwitters

Le « narré » qu’invente Beurard-Valdoye est une forme contaminée de styles, mélangeant proses variées, vers, documents historiques, éléments géographiques, biographies, etc. En soi, c’est une sorte d’île pour la fabrique du poème, divisée du continent, sur laquelle les temporalités sont brouillées entre présent, passé et futur. Patrick Beurard-Valdoye, depuis plus de vingt ans, endure l’élaboration d’une telle forme par des livres massifs, songeons à Diaire (2000), Mossa (2002) ou La Fugue inachevée (2004), depuis Allemandes (1985), l’amorce du « cycle des exils » qu’achève aujourd’hui Le Narré des îles Schwitters. Il y a aussi dans ce dernier volet un adieu à l’Europe trans-politique, telle que la pensa Spinoza (dégagée de tout dogme et de toutes frontières religieuses), puis les Lumières. « AddiØ » s’écrit donc Beurard-Valdoye dans la langue du Nord, en nommant, écrivain central de son livre, la rage du poète dadaïste Karl Schwitters (1887-1948), l’auteur du poème phonétique l’Ursonate et l’inventeur de l’écriture « merz », extraction d’une syllabe d’un mot (ausmerzen : extirpation) et travail concret sur la lettre. Le projet d’écriture du Narré… est fraisé comme une pièce neuve et complexe et inédite d’un moteur : il convoque une connaissance politique et sensible de la Norvège et de l’île de Man où séjourna Schwitters après l’invasion nazie du pays le 9 avril 1940. À partir de cette figure phare, Beurard-Valdoye fait se croiser de nombreux personnages, comme le le spectre de l’explorateur des pôles et fondateur du Haut-Commissariat aux réfugiés en Norvège Fridjof Nansen (1861-1930). La prose qui les présente et leur trouve leur « narré » est parfois volontairement prosaïque et tout à la fois rythmée comme un train fou traversant un paysage touffu de fougères géantes, picturale et projective. Le vers est, lui, fait de moments purs de perceptions, comme ce « la beauté décoiffante des fjords comme à présent des îles/ a détendu l’atmosphère// chaque bruit résonnant du quai comme l’idée de nuit ». D’autres fois, il est un déroulé de proses coupées, narratives et descriptives. Des premiers narrés de malheur, racontant le mal de l’Histoire, aux pages haletantes de « SkØyen 1 octobre 1937 (Saga) où sont évoqués le « bleu process, gris bleu d’arc, de cesse arrondi par saccades verveine, et vert-horizon, rond jaune noir cerne, roue, trouée passant outre, chaîne graa clair dans la vague, comme queue de comète, terre terne-verte, rouan, jaune en pourpre entre voile et carter cassé, bleu ran, blaa en rade, virant, assez volant (…) », du vers littéral aux ellipses et contournements qu’il permet, la logique conduite par Patrick Beurard-Valdoye n’a de cesse d’arracher l’écriture « au référent d’archives ou d’enquête, pour lui conférer l’autonomie et la verticalité des arts poétiques ». Machines à transformer, dira l’auteur, l’espace et le temps.
L’ambition du Narré des îles Schwitters est grande. Le livre s’articule en huit chapitres : la » Voie des Heimatlos « , littéralement les » sans patrie ", dit très fortement ceci, à partir d’une parenthèse à l’envers, peut-être tournée vers l’exploration de la masse du passé : « )dire qu’un jour// jour blanc de zinc faisant barrière faisant écran avant l’écran traversé de neiges// (…) un jour contenant toujours la nuit/ qui s’allonge à vue d’œil ». Tout s’ouvre dans cette saccade perceptive où Nansen surgit. Puis cela s’enchaîne par l’introduction de chronologies enchâssées, l’invasion nazie de la Norvège étant dite par ce « )en avril la nuit ramonée au fur est mise au ban, au demeurant profonde, fond foncé embrassant tant vague lointaine que parages, rendant toute couleur sans nom sans galbe : vaine ». Telle est la traversée syncopée de cette île Schwitters, reconfiguration d’un projet épique où l’on passe de la grande histoire au geste simple de cueillir « coquilles brindilles bouts de bois de tissus de papier bouts de signes de vie ».

Le Narré
des îles
Schwitters

Patrick
Beurard-Valdoye
Al Dante
322 pages, 25

Les adieux Schwitters Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°91 , mars 2008.
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