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Théâtre Mais pourquoi ?

mai 2008 | Le Matricule des Anges n°93 | par Laurence Cazaux

Dans une pièce en forme de point d’interrogation, Eddy Pallaro sollicite nos oublis, nos absences, nos trous de mémoire.

Un, deux et trois, les trois protagonistes de Cent vingt-trois, se retrouvent dans un même lieu après un événement qui leur a fait perdre la mémoire. Depuis l’oubli, tout devient d’un coup extrêmement mystérieux et inquiétant. Même la langue que les trois parlent, quelle est-elle ? Ensemble, ils vont tenter de retrouver cet événement qui les a transformés, en lui donnant le nom de Cent-vingt-trois, la réunion de tous les trois en quelque sorte.
Eddy Pallaro offre avec ce texte jeune public un objet étonnant. Ce jeune auteur, né en 1971 à Cognac, de parents ouvriers issus de familles immigrées, a d’abord été comédien avant de se lancer dans l’écriture. La matière qu’il propose dans cette pièce est de l’ordre de la partition. Les répliques sont courtes, les interrogations et les répétitions nombreuses. Des phrases traversent la pièce comme « Je ne vous veux pas de mal » ou « Je ne suis pas responsable ». Cent vingt-trois s’expose comme un chœur, à deux ou à trois personnages suivant qui, dans ce drôle de trio, part explorer les limites de ce nouveau monde d’absence.
Pour entrer dans cette matière, voici un bout de dialogue entre Deux et Trois : « Qu’est ce que nous faisons là tous les trois ?/ Je ne sais pas Nous cherchons des limites à cet endroit/ Et puis après ?/ Nous chercherons une issue/ Pour sortir ?/ Oui pour sortir de cet endroit/ Et puis après ?/ Et puis après nous sortirons/ Pour quoi faire ?/ Pour essayer de comprendre/ Quoi / Qui sommes-nous ?/ Les réponses sont à la sortie ?/ Peut-être/ Et puis après Quand nous saurons Qu’est ce qu’on fait ?/ On ne se posera plus de questions/ Ça sera fini ?/ Oui/ Complètement ?/ Oui/ On n’aura plus rien à se dire ?/ Non/ Pourquoi ?/ Parce qu’on ne se posera plus de questions/ C’est triste/ Non ce n’est pas triste/ C’est triste/ Non ce n’est pas triste/ C’est triste si on ne se parle plus/ On fera autre chose/ Qu’est ce qu’on fera ?/ Je ne sais pas moi on trouvera bien une occupation/ Et on s’occupera comment ?/ On contemplera notre savoir ».
Le texte est construit en boucle. Comme un éternel recommencement. Où sommes-nous ? Et que s’est-il passé ? L’auteur se garde bien de donner une réponse. La pièce reste ouverte sur tous les possibles. Qu’il nous faut imaginer sur le plateau ou sur le papier. De très belles illustrations de Marie Poirier proposent un univers onirique, des sortes de tour de Babel trouées, des pierres avec des pattes, des méandres oiseau, pendule, eau ou arbre. Mais à la lecture, nous pouvons aussi nous retrouver dans l’antichambre de la mort. Ou dans un hospice. Ou encore dans toutes les villes du monde, tellement elles se ressemblent. Ou encore dans l’oubli de nous-mêmes, de notre propre passé avec ce nouveau rapport au temps qui file si vite. Ou encore dans la toute petite enfance remplie de pourquoi, ou dans la grande vieillesse, ou juste dans un trou de doute. Cent vingt-trois égrène une petite musique lancinante. Eddy Pallaro propose un univers clownesque avec ses grandes interrogations et ses pourquoi incessants dans un grand vide quasi beckettien. Voici une pièce qui ne ressemble à aucune autre, elle invite au questionnement, métaphysique, absurde ou ludique. C’est quoi la vie, nous, les autres, le monde, la mémoire, le temps, mais c’est quoi tout ça ? Une chose est sûre, en tout cas, Cent vingt-trois est une belle matière à jeu.

Cent vingt-trois
Eddy Pallaro
Heyoka jeunesse/Actes Sud-Papiers
80 pages, 10,50

Mais pourquoi ? Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°93 , mai 2008.
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