La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Femme au désert

mai 2008 | Le Matricule des Anges n°93 | par Delphine Descaves

Derrière les hauts murs d’une grande maison, quelque part au Moyen-Orient, une femme isolée et son enfant perdent peu à peu pied avec le réel.

Le Qatan est un pays que Carine Fernandez a imaginé mais qui ressemble furieusement à l’Arabie saoudite - où d’ailleurs l’auteur a vécu. On y retrouve la chaleur qui fait tout fondre « dans le brasier de l’été (…). Qu’est-ce qui fait frémir les bougainvillées, alors qu’aucun souffle de vent ne circule dans l’air plombé ? » et le « Simoun, sirocco, khamsin, il (prend) tous les noms, ce vent malin et acharné comme une bête du désert », qui ensable tout sur son passage. Mais on reconnaît également les grandes maisons riches entourées de hauts murs, aux pièces innombrables, inutiles et sinistres, presque morbides, « une de ces villas hideuses, contrefaites ; pas viables, plantées dans le sable de cette Babylone de malheur, qui ressemble vue d’avion au quadrillage en terre bise d’une gigantesque nécropole, et vue du sol, aux couloirs d’une prison de haute sécurité, toutes les rues bordées de mur, trois mètres de haut, qu’on n’aille pas voir ! »
C’est là que vit Elisa, la narratrice, avec son petit garçon, Rami, unique rempart entre elle et la solitude absolue, entre elle et la folie. Cloîtrés dans la demeure, leur emploi du temps est immobile : tandis que l’enfant joue ou se baigne dans sa petite piscine en plastique, elle attend, des jours et surtout des nuits durant, l’éventuel passage de son mari. « Comment supporter le lit solitaire, livré à la fièvre, à l’ébullition des draps, telle l’écume d’une bouche enragée ? » Hatem travaille pour le régime – qu’on devine royal, népotique et autoritaire – et s’en va régulièrement en Europe ; là, il la trompe et l’a trompée, c’est du moins ce dont elle est certaine. Mais cette fois-ci, ce sont plus de deux mois sans nouvelle, la livrant aux conjectures et aux images fantasmées les plus douloureuses. Elle n’apprendra que plus tard la véritable cause de ce silence… Dans ces jours de déréliction elle revoit son départ à elle, de Lyon, adolescente éprise du corps de Hatem, rêvant un Orient érotisé, imaginaire et détestant un Occident auquel elle ne croit pas, « Comme si en Europe, dans le « monde libre », ils n’attendaient pas ! Mais ils attendent tous la mort et ils le savent, alors ils camouflent cette honte avec des objectifs avouables, petits ou grands : une promotion, les vacances, une décoration… » Mais la réalité est une déception cuisante, le sentiment d’être, en tant que femme, et que blanche, doublement prisonnière et décalée.
D’une plume féroce et sans précaution, mais véritablement inspirée et qui imprime chez le lecteur des images que l’on n’oublie pas, Carine Fernandez nous plonge dans le quotidien de ce duo pathétique et émouvant, perdu dans la grande demeure déserte par ailleurs : Pascual le serviteur philippin, devenu une sorte d’ami pudique, finit lui aussi par partir ; l’autre témoin de cette dérive est un travailleur, peut-être jardinier, qui épie avec concupiscence et à son insu la jeune femme, perché dans un dattier ; ou encore, curieuse incursion du texte vers un registre plus fantastique, deux vieilles femmes, mi-sorcières, mi-génies. Dès lors le lecteur assiste au progressif décrochement de cette mère et de son fils, coupés du monde réel qui n’est que « silence… On n’entend rien. Pas le moindre ronflement de climatisateur… Le vent est tombé mais le ciel demeure livide, comme un four à chaux. » D’ailleurs comment croire à ce monde extérieur ? Mélange d’extrême injustice sociale, de mépris de la femme, de richesse et de sable, de frustrations, condensé de dureté et d’exclusion raciste que la narratrice rejette tout aussi violemment, il apparaît comme invivable.
Le roman de Carine Fernandez est un texte fort, sans concession, qui épingle le profond déséquilibre de certaines sociétés du Moyen-Orient ; on quitte La Saison rouge hanté par ces deux êtres que le vide a happés, frappé jusqu’au malaise par cette forme de tragédie moderne.

La Saison rouge
Carine Fernandez
Actes Sud, « Aventure », 174 pages, 18

Femme au désert Par Delphine Descaves
Le Matricule des Anges n°93 , mai 2008.
LMDA papier n°93
6.50 €
LMDA PDF n°93
4.00 €