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Domaine français Envers du décor

juillet 2008 | Le Matricule des Anges n°95 | par Lucie Clair

Réédition de la fresque historique par laquelle Jacques Chauviré règle ses comptes, en douceur, avec Dieu, l’argent et la guerre.

Jérôme et Lucie Calvière en ces premières semaines d’août 1914 errent dans les rues brûlantes d’un village en bord de Saône. Leur fils et leur gendre, mobilisés, laissent un vide derrière eux - et la lutte pour ne pas le laisser s’installer tout en restant « sans nouvelles » ni pouvoir, pour Jérôme « se représenter les périls auxquels étaient exposés les soldats de cette guerre » les engagent dans un voyage aux limites de leurs forces. Les lettres des paysans arrivent, avec les premiers disparus et le pressentiment des mutineries de 1917 : « Ça canarde à tout le tant et faut se mettre à plein ventre ». Dans le recueillement anxieux amorti par la douceur d’une grande propriété aux abords de Lyon, la famille se resserre, se tend, se distend, les filles se révoltent, rentrent dans le rang - la religion n’est jamais très loin des mouvements de remise au pas et si ce n’est par le biais d’un curé - Chauviré est bien plus subtil - c’est par la peur. Celle de perdre, l’autre, mais aussi soi-même dans un monde soudain en mouvement.
Le temps s’égrène pourtant lentement à l’arrière, au rythme de l’attente d’apprendre « quel village donnerait au canton son premier mort ». Dans le pas des saisons - des moissons, des vêlages, des ciels changeants, la nature toujours scande la prose de Chauviré - s’inscrivent de manière subreptice les transmutations des rapports à l’argent, des générations entre elles, des aspirations aux ascensions sociales, des premiers déséquilibres économiques, qui déstabilisent en profondeur ces bourgeois et leurs valeurs. Jérôme est un « parvenu » qui a laissé son frère Pierre derrière lui, et tient ses enfants au bout des cordons de sa bourse et sous le joug du culte des morts. Lucie condamne les projets de mariage de son fils au nom d’une morale étriquée - c’est aussi que cette « rigidité » et le goût de l’autorité prévalaient dans les campagnes en ce début de siècle, moins de dix ans après la séparation de l’Église et de l’État, et où faire « son beurre » était un « axiome ». En contrepoids du danger qui menace les jeunes corps perdus sur des fronts inconnus, tout autant que de la désagrégation du monde de Jérôme, la terre « faisait naître en lui un désir toujours plus profond et plus insatiable de peser sur ce sol de tout le poids de son corps. »
Le lecteur d’Elisa ou des nouvelles de Massacre en septembre sera peut-être désorienté face à l’ampleur de cet opus, car si l’on y retrouve le Chauviré aux mots exacts, aux phrases retenues, aux dialogues épurés, il y est comme déployé, couvrant de son regard aigu et fouillé, au microscope, chaque détail du quotidien de ses protagonistes. Une exploration pointilliste qui, parfois touffue, prend toute sa cohérence lorsque l’on referme l’ouvrage achevé - de la composition des décors et des sentiments jaillit une fresque historique aux rares accents de vérité.
La Terre et la Guerre est le troisième roman de Jacques Chauviré. Publié en 1964 par Gallimard, il a connu un succès d’estime. C’est aussi que la Grande Guerre vue de l’arrière, là où s’imposent « des veilles prolongées dans l’attente des dépêches de la Préfecture : ordres de réquisition de chevaux, de voitures, de fourrage. » est moins héroïque que le récit des fracas et des tranchées. Double tour de force donc que celui d’insérer ces mutations conditionnées par les tumultes du front sans jamais les montrer, autant que d’emmener le lecteur dans les affres de ses protagonistes, parfois bien réactionnaires, mais toujours humains. Jérôme, « janséniste laïque » se revendiquant radical-socialiste, son notaire, pour faire bon poids « bien-pensant (…) pour la bonne, les voisins, (l)es clients » mais sans doute plus moderniste que son compère - l’un comme l’autre témoins d’une époque, se rejoignent sur un constat de mise à l’écart et de défaite face à un monde qui les engloutit. « On est trop vieux pour supporter ce qu’ils nous préparent ».

La Terre
et la Guerre

Jacques
Chauviré
Le Temps qu’il fait
412 pages, 30

Envers du décor Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°95 , juillet 2008.
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