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Domaine étranger Tempête sous un crâne

juillet 2008 | Le Matricule des Anges n°95 | par Thierry Guinhut

Avec Richard Powers, l’auteur du « Temps où nous chantions », les passions médicales, personnelles et écologiques se complètent et se déchirent.

La Chambre aux échos

Qui sommes-nous sinon notre cerveau ? C’est ce que postule Richard Powers dans son troisième roman. À travers l’aventure d’un accidenté de la route, de sa sœur, puis d’un as des neurosciences, La Chambre aux échos embrasse plusieurs genres.
Nous sommes dans l’Amérique profonde du Nebraska, là où les grues affectionnent les étendues d’eau de la Platte River sur le passage de leur migration annuelle, où les habitants sont plutôt frustes et où les préjugés pèsent lourd. Une nuit d’hiver, le jeune Mark Schluter renverse son camion sur une route isolée. À l’article de la mort, il est transporté à l’hôpital, grâce à l’appel d’un inconnu qui a laissé quelques mots : « Je ne suis Personne/ mais ce soir sur la North Line/ DIEU me conduit jusqu’à toi/ pour que Tu puisses Vivre/ et ramener quelqu’un d’autre ». Chacun de ces vers est devenu le titre des cinq parties d’un roman, formant ainsi une sorte de charade, policière et scientifique. Un « ange auto-stoppeur » est-il l’auteur de ce billet ?
Lorsque Mark reprend pied, il paraît réintégrer sa personnalité, son monde, mais sans pouvoir reconnaître sa sœur Karin qui vient d’abandonner son travail pour veiller sur lui. On comprend bientôt qu’il est victime d’un rare syndrome : celui de Capgras qui décrit chez un sujet soumis à une atteinte cérébrale l’absence du lien affectif qui le reliait avec ses plus proches. Ainsi, non seulement sa sœur, mais son chien, sa maison, lui paraissent être des faux, nés d’une coûteuse machination gouvernementale destinée à le tromper et le contrôler. On devine que nombre de phénomènes affectifs ou encore de délires - religieux, politiques ou du complot - qui nous paraissent constitutifs de la personnalité individuelle et native ne sont que les effets de dysfonctionnements cérébraux. Voilà qui est iconoclaste : nos qualités et défauts sont des produits de la bonne ou déficiente marche de diverses zones cervicales : « Mon cerveau, ce ramassis de parties séparées qui essaient de se convaincre les unes les autres… Où est mon moi ? » demande Mark.
Les médecins locaux ne parvenant pas à guérir le patient, Karin fait appel à une sommité, le professeur Weber, auteur de livres à succès dans lesquels il pille la mémoire de cas curieux pour le bien de la vulgarisation scientifique. Il reste attentif, puis prescrit un antipsychotique. Jusqu’à ce qu’elle constate à son tour : « Me voir aggrave son état » et « il a décidé que je ne serais plus jamais moi ». Mark mène son enquête en suspectant ses potes et « le petit ami de sa fausse sœur » : Daniel, un écolo fanatique dévoué aux grues. De plus Karin, bien que saine, paraît plus déséquilibrée que Mark. Sans compter que Weber lui-même finit par s’abîmer dans ses doutes professionnels et ses perplexités intimes en rencontrant une étrange et dévouée Barbara. S’il y a bien un complot, c’est celui qui mènera à la construction d’un centre de loisirs face aux oiseaux menacés, métaphores et « échos » de l’intégrité mentale menacée des personnages.
Parfois, il y a un côté légèrement laborieux chez Richard Powers : quelque chose de pesamment didactique, du roman à thèse qui fait long feu. Il faut pourtant admettre qu’il a un indéniable talent pour dresser un vivant portrait de ses personnages et alterner leurs points de vue. Le contraste entre l’Amérique profonde et la côte Est d’où vient Weber est intelligemment marqué, l’état des neurosciences accessible au lecteur. Il sait instiller du suspense et ce qu’il faut d’émotion psychologique dans ce qui aurait pu être une aride description de cas. Que le roman de mœurs et de société s’intéresse aux plus intrigantes investigations de la science de la cognition, justifie à lui seul la présence de Powers dans cette collection des écrivains américains novateurs : « Lot 49 ». Si cette collection, au nom venu d’un livre de Pynchon, n’existait pas, il faudrait l’inventer pour en reparler dans « la chambre aux échos » de notre cerveau.

La Chambre
aux échos

Richard Powers
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Jean-Yves
Pellegrin
Le Cherche Midi, « Lot 49 »
480 pages, 25

Tempête sous un crâne Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°95 , juillet 2008.
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