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Poésie Les démones de midi

juillet 2008 | Le Matricule des Anges n°95 | par Jérôme Goude

Petit traité de l’abomination des femmes, le « Miroir » du Valencien Jaume Roig reflète les passions d’une âme moyenâgeuse.

Miroir : Livre des femmes

Saluons sans préambule la mâle initiative d’Anacharsis qui, au moment où de voluptueuses naïades commencent à découvrir leur gorge, exhume ce Miroir sexiste à souhait. Et gageons que même nos dames-lectrices sauront ronger leur frein devant si pénétrante estocade. C’est que - mollesse de la chair et morgue masculine obligent - certains a priori ont la dent dure. Ni meilleur ni pire que le citoyen romain, peut-être un brin plus illuminé et bourru, l’homme médiéval est soumis à l’indéfectible érection de fantasmes phallocrates. Médecin et administrateur hospitalier, Jaume Roig n’échappe pas à la règle. Ce bon chrétien issu d’une famille bourgeoise catalane qui vécut jusqu’en 1478 exhorte en effet « damoiseaux », cuistres et libidineux décatis, à la misogynie et à l’émoi désincarné.
Long poème constitué de 16247 vers tétrasyllabiques - vers traduits pour la présente édition en prose française - le Miroir de Jaume Roig comporte une « Consulta » (longue dédicace), ainsi qu’une préface et quatre livres. Un centenaire bien échaudé y invite chaque lecteur - viril de préférence - à suivre son enseignement pour que jamais plus ne soit commise la « grave erreur si manifeste du si malhonnête, vicieux, dangereux et inique amour, plus bestial qu’humain, qui se pratique uniquement pour le plaisir. » Avouons que céder à la bagatelle ne va pas sans risque et que le commerce du sexe dit faible peut conduire n’importe quel nabab à la ruine ! Pour preuve, ce qu’il faut dépenser en quantité, « ustensiles, serviettes, anneaux, colliers et habits ». Ou bien encore les déconvenues de notre centenaire qui, après avoir été abandonné par mère et avoir pris fausse pucelle, béguine et veuve, avoue être dégoûté par le cortège de toutes ces « femmes farouches, cruelles et perverses, infidèles, infâmes et scélérates et abominables »
Sorcières, épouses barbues, mules déshabituées « du frein et du licou », bagasses ou infanticides, forment en effet le corps d’armée lascif contre lequel notre preux vieillard mène une âpre « guerre libidineuse ». Mais le « pouvoir des filles d’Ève » faisant force loi, nul ne saurait se passer du secours avisé de quelque roi puissant. Aussi, par le truchement d’une hallucination auditive, le Miroir passe le témoin à messire Salomon, grand coureur devant l’Éternel. Biblique, mythologique et historique, la leçon de ce polygame repenti -dense leçon qui couvre la totalité du troisième livre -confine à l’anathème. Parce que les femmes ne sont que « vanité des vanités, iniquité des iniquités et perversité des perversités », Salomon prescrit une petite immersion des bourses dans de l’eau glacée et la suppression de tous les aliments qui « produisent beaucoup de sang et donc beaucoup de sperme et de pulsions ».
Toutes les femmes n’acquerront-elles donc jamais, quelle que soit leur « nature », le « qualificatif de bonne épouse, purifié, net et débarrassé du si, sinon, mais ou cependant » ? Le Miroir de Jaume Roig porte toutes les traces de ce que Freud appelle le « rabaissement » de la vie amoureuse. De l’Antiquité à nos jours, de la représentation masculine de la femme demeure comme une constante ; une constante qui oppose les figures de la virgo mater et de la putain. Si les femmes incarnent le démon d’une sexualité qu’il faut refouler, il y en a une - La femme - que rien n’entache : la « Vierge entière, pacifique, humble, courtoise, savante et à l’écoute de tout. » Mais voilà, cette femme-là n’existe pas. Alors, messieurs, jouissez ! Sinon, comme l’affirme l’une des sombres créatures du Miroir, l’ « homme qui en carême s’abstient, à la Quinquagésime se retrouve cornard ! »

Miroir
Le Livre
des femmes

Jaume Roig
Anacharsis
Traduit du valencien par Marie-Noëlle Costa
259 pages, 19

Les démones de midi Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°95 , juillet 2008.
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