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Théâtre L’humanité en rade

octobre 2008 | Le Matricule des Anges n°97 | par Etienne Leterrier

Trois pièces de Zanina Mircevska explorent les voies du théâtre macédonien contemporain. Entre farce et tragique.

Esperanza (suivi de) Effeuillage (et de) Werther & Werther

Il vogue, le paquebot transatlantique Esperanza, sur l’Atlantique, en direction de Caracas. À son bord, la « crème du monde », une baronne polonaise et des hommes d’affaires, un banquier et un marchand, un chef cuisinier, un scénariste en mal d’inspiration, un producteur. À la barre, un beau capitaine en blanc, comme dans ces contes de fées modernes et les soap-operas. Appuyée au bastinguage, regardant la mer de ses yeux si bleus, la blonde épouse d’un criminel contre l’humanité, en fuite sous un faux nom. Introduire dans ce contexte stéréotypé, un ferment de ce qui apparaît - non sans une naïveté, elle aussi feinte comme l’incarnation du Mal absolu, observer ainsi la contagion puis la victoire du vrai méchant sur les soi-disant gentils : tel est le projet de cette pièce, qui avait été lue à la MC2 de Grenoble dans le cadre du festival Regards, en mai 2006.
Explorer les frontières du mal.

Née en 1967 à Skopje (Macédoine), Zanina Mircevska travaille en Slovénie comme dramaturge et comédienne. Pour écrire Esperanza, elle a adopté un joyeux assemblage hétéroclite de références littéraires que l’on aurait qualifié au siècle dernier de « post-moderne ». Le conte, la parabole, la farce, les références pop s’entrelacent et se télescopent au rythme chaloupé d’une écriture qui aime à mêler chœur tragique et roulis transatlantique. Car outre sa dimension comique et distanciée, Esperanza cherche à plonger dans le tréfonds de nos représentations, via le symbole, et à interroger les voies du renouveau artistique et humain, après les nombreuses désillusions du siècle passé. « Toutes les révolutions du XXe siècle se sont terminées d’une façon dramatique, mais ça ne veut pas dire que nous sommes maintenant libres de créer notre avenir, au contraire. Justement à cause de ces échecs, nous avons devant nous une tâche qui nous attend, afin de trouver de nouveaux modèles », expliquait l’auteur à Grenoble.
Plus pessimiste lucide qu’optimiste impénitente, Zanina Mircevska poursuit dans les deux autres pièces son exploration des frontières du mal, en des termes toutefois différents. Dans Effeuillage, les contours aisément identifiables des silhouettes de personnages sortis d’un conte s’estompent. Les cœurs s’ouvrent, les pulsions parlent, la violence éclate. À la scène initiale où un jeune homme se retrouve seul avec une professeure dans un sous-sol, succède l’irruption d’un employé qui rapidement exerce sur son entourage tout son sadisme et sa perversité. Manifestement imprégnée de l’œuvre de Sarah Kane, à laquelle sa pièce, Werther & Werther est même dédiée, Zanina Mircevska explore les bas-fonds de l’âme, en représentant « un lieu sombre et vide ressemblant à une cave » où les fantasmes, l’humiliation et la mutilation peuvent alors survenir. Là où Esperanza travaillait dans le symbole et les références, Effeuillage est tout l’opposé : explicite, tabou, incontrôlable.
C’est sans doute dans ces tentatives successives de cerner au plus près les enjeux véritables d’une création littéraire en prise sur le monde que le travail de Zanina Mircevska trouve sa véritable unité. Werther & Werther le met en évidence en situant son action sur la scène d’un théâtre, lieu même de l’illusion. Le jeune héros goethéen y est devenu un jeune dramaturge, tâchant de dissiper l’illusion de ces « singes costumés » qui prétendent incarner la vérité. « Accepte la plus grande illusion comme une réalité et automatiquement tu trouveras le sens » déclare, péremptoire, Wilhelm à Werther. Le théâtre de Zanina Mircevska, dans cette mise en abyme, cherche à travers ce dilemme posé entre l’illusion et le néant, à réaffirmer l’importance de ces choses qui pour elle comptent avant tout, l’espérance et la création.

Esperanza (suivi de) Effeuillage (et) Werther & Werther de Zanina Mircevska, traduit du macédonien par Maria Béjanovska et Sarah Fourage, L’Espace d’un instant/Maison d’Europe et d’Orient, 254 pages, 15

L’humanité en rade Par Etienne Leterrier
Le Matricule des Anges n°97 , octobre 2008.
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