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Domaine français Le métèque poétaire

janvier 2009 | Le Matricule des Anges n°99 | par Dominique Aussenac

Homme-orchestre saltimbanque, Michel Arbatz se raconte dans un livre touchant et drôle à la lumière de la figure du père. Rencontre.

Le Maître de l’oubli

Jonas, le capitaine Achab et même la baleine blanche, il pourrait être les trois à la fois. Peu importe qu’il soit né à Paris, vingt ans avant Mai 68. C’est dans le ventre d’une baleine qu’il a traversé sa Méditerranée. « ma méd des moricauds, des geulards, des frisés, des chiens pelés de Cordoue, des paumés andalous », chante-t-il. La Méditerranée dans tous les sens. Ancêtres marranes, exilés en Tunisie, un nom imprononçable. Sur scène, il jongle avec les mots, les siens, ceux de Desnos, Dubillard, Pavese. Pour son dernier spectacle « Char résistance » il ne chante pas, mais s’improvise auteur, metteur en scène, comédien. La baleine blanche, c’est sa judéité, aussi son père. « Moi, j’ai vécu dans la honte de mes origines pendant très longtemps. C’est une chose que j’ai digérée, mais je me pose la question aussi, est-ce que la honte ne vient pas de la honte du père. Comme on dit dans la Bible, la faute des pères rejaillira sur trois générations. » De sa mère, il ne parle pas, comme pour la protéger.
Michel Arbatz écrit aussi. De la musique, celle du film de Pavel Lounguine Familles à vendre. Des chansons, six albums de ses textes et un autre de ceux de Desnos. Il récoltera ffff dans Télérama. On lui doit Le Moulin du parolier, une méthode pour les écrire. Des recueils de poèmes. Le Maître de l’oubli qui paraît aujourd’hui est sa première tentative autobiographique. Arbatz raconte deux vies, deux engagements, le sien à contre-pied de celui de son père. Né dans une famille pauvre de Tunisie, son père échappe à une rafle de juifs « grâce à » un pied invalide. Sioniste devenu communiste militant, il émigre après-guerre à Paris où il travaillera comme ouvrier. À la fin de sa vie, il perdra peu à peu la mémoire. Un livre grave, brutal, tendre, plein d’humour, d’autodérision.
« Les mots sont d’anciennes métaphores oubliées. »
Michel Arbatz, une adolescence baignée par les poètes, la musique et le théâtre. Un diplôme de philo en poche, promis à de brillantes études, il s’établit après 1968 en usine du côté de Saint-Nazaire. Stigmatisant l’engagement de son père (stalinien ? légaliste ?) tout en suivant la même route, il fomente la révolution et finit en prison. « À cette époque-là, on était nombreux à penser que si on devait changer le monde, ça se passerait à partir des usines. » Il obtient un CAP de soudure à l’arc. Les pages où il décrit les différentes techniques sont les plus belles du livre. « D’un coup, ça m’a permis de m’extraire de la violence du moment, des affrontements. Là j’étais dans une petite bulle. J’ai pris grand plaisir à travailler avec mes mains. Travailler avec le feu, le métal est quelque chose qui rappelle l’écriture. Une façon de partir de la vie brute et de la transformer, de la recomposer avec des mots. » De son engagement, de celui de son père, il écrit : « Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’au bout du compte, j’étais moins joyeux que toi dans l’insolence, cherchant partout l’expression du tragique. C’est ça : toi, tu mettais de la joie dans l’irrévérence. Il y avait d’ailleurs un mot dans ton jargon pour dire ce mélange de bluff, de fronde et d’affrontement : Fantasia-tchok-baraoyok » !
À partir de 1972, il donne des concerts dans toute la France, choisit un pseudo évoquant une improbable celtitude. « Sans me douter que c’est un nom de métèque quasiment universel, qu’il ramasse toutes les origines dont on voudrait se défaire. » Arbatz signifie « originaire de Batz », village de paludiers des marais de Guérande. Plus tard, un ami lui indiquera que des Arbatz, il y en aurait une douzaine au moins dans le Sentier. De sa judéïté, il reconnaît aujourd’hui qu’elle lui a procuré l’amour des mots et de leur « jonglerie ». « Quand on joue avec les mots, on se rend compte qu’ils sont truffés de valeurs ajoutées, de fonds, de contre-fonds. Comme dit Borges, les mots sont d’anciennes métaphores oubliées. Tout à coup, on élargit sa vision du monde. » De sa propension à l’autodérision, il affirme : « Si on perd l’humour, on perd une ressource contre la tyrannie. » Belle gueule, grande prestance, cheveux noirs, Michel Arbatz a quelque chose d’espiègle, d’éternel adolescent. « Ce qui me fait peur dans la vieillesse, c’est la façon dont les gens rigidifient leurs points de vue. Un vers de Desnos est terrible : « À vieillir tout devient rigide et lumineux. » Être rigide pour moi, c’est à l’envers de la vie. La poésie, la chanson, la musique, l’amour font partie de cette mobilité. » Revenant sur son expérience révolutionnaire, il conclut : « C’est assez étonnant de voir que dans cette aventure, il y avait Jean-Pierre Martin qui est devenu un grand spécialiste d’Henri Michaux. Il y avait là aussi Jean Rolin et Jean-Claude Pinson. D’un tout petit groupuscule révolutionnaire obsédé par la dictature du prolétariat sont sortis des gens obsédés finalement par le poétariat. »
Au fait, si un jour vous êtes abordés par des individus déclamant des poèmes, ne vous alarmez pas, ce ne sont pas encore des terroristes, mais des membres de la Brigade d’Intervention Poétique rassemblés par qui vous savez. Mais chut.

Le Maître de l’oubli de Michel Arbatz
Le Temps qu’il fait, 190 pages, 21

Le métèque poétaire Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°99 , janvier 2009.
LMDA PDF n°99
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