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Poésie La spirale Coolidge

mai 2009 | Le Matricule des Anges n°103 | par Emmanuel Laugier

Son troisième livre s’impose, par son rythme et ses entremêlements de narrations, comme une œuvre maîtresse de la poésie américaine.

Dépositions Smithsoniennes (suivi de) : Sujet à un film

C’est un livre complexe, si l’on se réfère aux logiques de son élaboration : la première partie (Dépositions smithso-niennes) est le résultat d’une lecture et d’un arrangement des écrits de Robert Smithson, artiste considéré comme le père du Land art, à qui l’on doit l’installation d’une spirale de blocs de pierres sur le lac salé de Rozel Point, ainsi que la réalisation de son film (Spiral jetty, 1970). La seconde partie (Sujet à un film) est, inversement au sujet du film concerné (Les Dents de la mer de Spielberg), une sorte de script visuel du tournage, les éléments de celui-ci recoupant l’enfance que Coolidge passa sur l’île où le film fut tourné, pour réfléchir en filigrane sur les conséquences qu’il eut sur l’industrie du cinéma. On se doute ici que le lien, économique et financier, entre les moyens de production et ceux de la diffusion de masse, puisse se superposer à une tout autre pensée de la durée, de l’espace, de la géographie, de la terre elle-même. Les fameuses « dents » de requin, en réalisant le danger de l’océan, créent en effet, pauvres machines de carton-pâte qu’elles sont, une fiction. Ce que Coolidge cherche, en accolant les Dépositions smithsoniennes au Sujet à un film, c’est à faire se frotter un type de représentation à ce que le réel renverra toujours à un moment, la spirale étant peut-être l’archétype du retour éternel, la remontée de la matière inconcassable du temps. Coolidge cherche sans doute, à travers ce livre en forme d’autobiographie matérialiste, à nommer le trou que fait le réel en déchirant finalement la toile de la fiction. Ceci dit, le livre lui-même tourne le dos à l’hermétisme ou à l’ésotérisme que toute fabrique d’écriture implique. Entrer dans sa matière polyphonique et kaléidoscopique est aussi évident que de se glisser dans les eaux d’un bassin : « Le bassin du bleu dans du vert, dans ses rebords blancs. Les oranges sont approximatifs. Un homme marche le long de la palissade, dont les pensées clignotent sous des panneaux qui masquent la lumière. C’est un moustique, sa pulsation, sac à main nylon sous dispositif ultra-violet dans la lumière du jour. Même les grandes maisons sont étroites, à l’intérieur la télévision un bleu dans du gris ». L’art de Coolidge (né en 1939), proche du poète Michael Palmer et du peintre Philip Guston, s’il influença par ses premiers écrits, minimalistes et tournés vers l’exploration matérielle du langage (sorte de printed matter) le groupe de poètes L=A=N=G=A=G=E, est celui de l’ellipse et du montage. Coolidge préfère d’ailleurs utiliser, plutôt que collage, le mot « encastrement, implantation, agencement » pour qualifier son travail de tourneur de toutes les matières du langage, de ses lectures de Melville ou Beckett aux rythmes du jazz qu’il étudia en tant que batteur et critique. Là encore, le travail sur le bloc-langue, métonymie des rocs spiralés de Smithson, crée toute l’audace de ce livre puissant, incandescent dans ses descriptions et ses « cuts ». À la question que Coolidge pose p.10 : « Quel langage commun démêler ?… en lignes régulières, à partir de ce chevron de la lèvre avancée d’un rocher. », la p.48 tente cette réponse en forme de glose rase : « j’étais hanté par le bloc d’ombre au milieu de mon travail. Comme l’œil d’un cyclone (…) cela devenait un point d’exaspération sombre, une gangrène géologique sur l’étendue sableuse ». Et pour ne pas terminer, Sujet à un film renverra encore à cette même tache aveugle et spiralesque de l’esprit smithsonien, et à ses extractions : « une autobiographie apparaît, la lumière de la jetée s’allume ».

Dépositions smithsoniennes & Sujet à un film de Clark Coolidge - Traduit de l’américain et postfacé par Guillaume Fayard, Éditions Les Petits matins, 146 pages, 12

La spirale Coolidge Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°103 , mai 2009.
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