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Égarés, oubliés L’éditeur mystère

juin 2009 | Le Matricule des Anges n°104 | par Éric Dussert

Émigré russe anti-tsariste puis anti-bolchevique, Jacques Povolozky fut l’éditeur efficace des avant-gardes parisiennes. Premiers éléments d’une enquête….

Dédiée aux écrivains négligés, discrets, secrets ou bien encore maltraités, la présente rubrique n’a pas été consacrée jusqu’à présent à un simple éditeur, et à un éditeur dont la bibliographie est restée vierge de toute création personnelle. Cet ostracisme, non dénué de logique, n’excluait toutefois pas que l’on suive du coin de l’œil le mouvement lent mais sûr de panthéonisation des bibliopoles contemporains, parallèle à celle des galeristes, commissaires d’exposition, critiques littéraires, salonards et membres du corps diplomatique amateurs de culture qui ont gravi au siècle dernier les pentes ascendantes de la reconnaissance publique. N’a-t-on pas entendu telle assertion sonnant comme « décidément ces auteurs ne seraient rien sans moi » (Bernard Grasset dans Combat du 22 janvier 1953 par exemple), de la part de personnages occultant autant que possible leurs sources d’approvisionnement en matière textuelle ? À cette émergence des demi-sels de la création, Guy Debord aurait trouvé à redire, et il serait difficile de lui donner tort. Le sacro-saint commerce devant fournir, et parfois même fourguer, sa marchandise, l’étiquette en littérature a, comme en prêt-à-porter, fait ses preuves. Est-il bien nécessaire d’illustrer ici le propos ?
Avec Jacques Povolozky - on trouve aussi la graphie Povolozki -, éditeur français d’origine russe, né à Odessa le 1er novembre 1881, on se trouve précisément dans le cas où les activités d’un homme se dévoilent sous la pression de curiosités et de bonnes volontés : en Russie, une thésarde fouille le sujet, ici, des chercheurs établissent la liste documentée des clients d’un grand imprimeur, là encore une bibliographie des éditions La Cible-Jacques Povolosky est mise en ligne… Jusqu’à une date toute récente, on ignorait à peu près tout de la vie de cet homme mystérieux, hormis le fait qu’il avait produit une part non négligeable de magnifiques livres de l’avant-garde française.
Des cubistes jusqu’à dada,
en passant par tous les -ismes.

Le catalogue reconstitué des éditions Povolozky, éloquent à plus d’un titre, nous apprend à son tour plusieurs choses. D’abord que Jacques Povolozky avait doublé sa librairie d’une galerie, nommée La Cible, à l’enseigne de laquelle il entreprit de publier dans un premier temps des ouvrages de bibliophilie et d’art, qu’il était bien intégré aux groupes moteurs de son époque, depuis les cubistes jusqu’à dada, en passant par tous les -ismes de la place parisienne. Il suffit d’aligner les noms de Karl Kautsky, Alexandre Blok, Michel Seuphor, Gino Severini, Nicolas Beauduin, Marcello-Fabri, Albert Gleizes, Marie de La Hire, René Allendy ou Paul Dermée pour le constater. Enfin, le fait que Francis Picabia lui offre de diffuser son autoédité Jésus-Christ Rastaquouère et que l’artiste expose dans sa galerie (vernissage le 16 décembre 1920), soit une semaine après que la galerie a été le théâtre de la lecture du manifeste dada sur l’amour faible et l’amour amer (9 décembre 1920) témoignent dans le même sens, ainsi que les revues qu’il publia à sa marque : La Vie des lettres et des arts (1913-1926), Les Cahiers idéalistes d’Edouard Dujardin (1917-1928), La Revue de l’Epoque de Marcello-Fabri (1919-1923)
Une telle production suppose des investissements prolongés, donc une source de financement. Grâce aux recherches de Antoine Perriol et Guillaume Louet dans les Archives de la police, on en sait tout d’un coup beaucoup plus. Et même si Mme Baurenhaas, la bignole du 3, cour de Rohan, domicile de Povolozky en 1918, le juge « capable de se livrer à n’importe quelle besogne pour se procurer des fonds », ses commanditaires sont les politiques Victor Peytral, ancien sous-secrétaire d’État et député des Hautes-Alpes et Achille Goudet, conseiller général voisin, ainsi que des personnalités russes émigrées à Paris. Grâce à leurs fonds, Povolozky monte sa première librairie en 1911, 9, rue de l’Éperon. Là, notre éditeur, qui a pour but principal « la propagande des lettres et arts français en Russie afin d’y vaincre l’influence allemande », édite livres russes importés et livres français qu’il exporte en Russie (Bourget, Richepin, Rode, Zola, Prévost). De plus, à partir de 1919, lors de la réouverture de sa maison - la guerre l’a vu s’engager dans l’infirmerie du 1er régiment étranger (il dispose d’un diplôme de médecin délivré en Russie) -, il ouvre une seconde boutique au 13, rue Bonaparte où ses affaires se déploient remarquablement.
La police se renseignant où elle peut, les éditeurs concurrents fournissent de l’information juteuse, mais parfois infondée, qui va jusqu’à l’association de malfaiteurs : Povolozky aurait hébergé Bonnot, et, c’est avéré, « le nommé Kibalchiche » (Victor Serge), qu’il emploie à des travaux de traduction. Toujours d’après la police, qui n’a pas vu paraître un article fondateur de Povolozky sur « Les poètes russes » dans La Grande Revue du 10 mai 1911, « la maison (d’édition) est très connue sur la place de Paris » et « le fait qu’il ait récemment publié avec beaucoup de succès sous le titre Lénine un ouvrage condamnant l’œuvre accomplie par le dictateur russe, indique, au contraire, qu’il n’approuve pas les doctrines bolchevistes ».
Dans les années 1930, l’activité éditoriale de Jacques Povolozky diminue et puis l’on perd sa trace. Seule reste encore la date du 25 décembre 1945, jour de son décès au Val-de-Grâce des suites d’un accident de la circulation : un camion l’a renversé boulevard Saint-Germain.

L’éditeur mystère Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°104 , juin 2009.
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