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Domaine étranger Père d’outre-tombe

octobre 2009 | Le Matricule des Anges n°107 | par Yves Le Gall

Autour d’un crime passionnel déchirant une communauté rurale, l’Américain Ron Rash offre un roman noir et poétique.

Un pied au paradis

Nous sommes à Oconee dans les Appalaches du Sud au début des années 50. Les petits fermiers qui vivent là se connaissent tous et chacun épie les moindres gestes de son voisin. La sécheresse et les menaces qu’elle fait peser sur la récolte sont leur seule hantise. L’équilibre de cette collectivité semble reposer sur la foi chrétienne à laquelle viennent se greffer quelques superstitions. La disparition de Holland Winchester va tout bouleverser. La détonation d’un coup de fusil.… et Holland que personne ne reverra plus jamais.
Mais dans ces lieux arides, bien malin celui qui pourrait faire disparaître un corps en toute discrétion, « une tombe fraîchement creusée se verrait comme un baptiste unitarien-universaliste dans une église pleine de baptistes pur jus ». Cette disparition hante les esprits comme si des forces obscures allaient soudain se réveiller. Le texte est dépouillé à l’extrême exprimant sobrement la vie de cinq personnages concernés par l’événement. Ron Rash (né en 1953) leur donne la parole. Ils parlent, chacun à leur tour, avec leurs mots, leur dialecte. Le shérif Alexander, Billy le fermier suspecté du crime, sa jolie femme Amy, le fils Isaac et enfin l’adjoint du shérif. Tout allait bien pour Billy et Amy jeune couple aux espérances pourtant modestes jusqu’au jour où le médecin annonce à Billy que s’ils n’ont pas d’enfant, c’est bien parce que lui, Billy ne peut produire le moindre spermatozoïde vivant. Amy veut un bébé à tout prix. Les potions magiques s’avèrent ridiculement inefficaces. Il y a finalement plus simple. Ce voisin qui courtise Amy, Holland Winchester, un héros de la guerre de Corée. Tout s’enchaîne très vite, la grossesse d’Amy, la jalousie et la vengeance de Billy. Mais Billy a été assez rusé pour berner le shérif qui est bien incapable de trouver le moindre indice, le moindre reste du corps.
Le roman se déploie ainsi dans un climat très sombre de recherche pour les uns, de crainte, de silence, de culpabilité pour les autres. Le lecteur pressent que la dissimulation aura un terme. Le sentiment d’attente est subtilement entretenu par la structure même de la narration à cinq voix. Cela se terminera-t-il par un châtiment ou une révélation libératrice ? Peut-être les deux ? Billy n’est pas un monstre. Il élève Isaac comme un père. Les allusions bibliques font penser à Cormac McCarthy. Comme chez l’auteur de La Route, les émotions sont tout juste suggérées. Telle cette émouvante complicité que reconstruiront Billy et Amy mais qui ne pourra pas les protéger indéfiniment. La tonalité dramatique est adoucie par l’enchantement produit par la précision poétique des mots de Ron Rash qui promène le lecteur au rythme des saisons à la découverte des plus éblouissantes floraisons printanières ou sur des chemins enneigés, lumineux sous un soleil hivernal. Cet amour de la nature, cet attachement à la terre inscrivent Un pied au paradis dans la lignée des romans « sudistes ».
L’eau, lieu de passage dans la tradition celte entre la vie et la mort apportera le dénouement. Isaac découvrira qui est son vrai père lors de la construction d’un barrage et du déferlement des eaux qui engloutira la vallée. Les fermiers seront chassés comme l’avaient été ses premiers occupants, les indiens Cherokee.
Un pied au paradis est un conte, un tableau émouvant de la vie d’êtres fondamentalement fragiles avec leur innocence souvent, leur cruauté parfois, surnageant maladroitement dans un flux qui les submergera. À qui imputer la faute lorsque tout tourne mal ? Isaac n’aura aucun ressentiment contre celui qui a tué son père et a voulu le remplacer. Vision rédemptrice ? Sans doute, mais surtout tendre compassion ouvrant la voie à la manifestation « d’une certaine forme de justice ».

Un pied au paradis de Ron Rash
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez, Éditions du masque, 264 pages 19

Père d’outre-tombe Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°107 , octobre 2009.
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