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Théâtre D’un mur à l’autre

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Etienne Leterrier

Dans un dégradé de situations individuelles, Tom Stoppard analyse le passé d’une illusion, depuis le Printemps de Prague jusqu’aux années Thatcher.

Scénariste du célèbre Brazil, de Terry Gilliam ainsi que d’un certain Shakespeare in love, Tom Stoppard est né en 1937 à Zlin en Tchécoslovaquie avant de devenir citoyen britannique. Il a écrit plusieurs pièces, parfois adaptées au cinéma comme Rosencranz et Guildenstern sont morts. C’est aussi un ami de Vaclav Havel, à qui, justement, Rock n’roll est dédié. De là à faire de Rock n’roll une pièce essentiellement politique, il n’y aurait qu’un pas.
Or c’est un chassé-croisé de personnages et de destins, considérés sur une vingtaine d’années, entre bloc de l’Est et bloc de l’Ouest, marxisme et libéralisme, le Cambridge des années 60 et la Prague des années Dubcek, tout cela sur fond de Guerre froide, de libération des mœurs… et de musique, forcément. Max, professeur d’université à Cambridge, est un communiste pro-russe, Esmé, sa fille, est une jeune fille un peu à la dérive, et Eléanor, son épouse, est une humaniste, spécialiste de Sapho. Jan, ancien étudiant de Max, est fan de rock occidental, mais travaille pour la police tchèque. Ferdinand, en révolte contre la chape de plomb qui s’abat sur la Prague de 1968, est pro-Dubcek, et, logiquement, anti-russe.
Il fallait toute la connaissance intime de la Tchécoslovaquie doublée de celle de l’« Ouest », pour parvenir à camper dans leur complexité les rapports qui se tissent entre ces personnages eux-mêmes pleins de contradictions, et que Tom Stoppard décrit sous le double angle du politique et de l’individualisme, faisant de leurs échanges un drame socio-politique éminemment sérieux. Max assène : « Un Etat dirigé par les ouvriers. Voilà. Il n’y a que le travail qui nous sort de la boue. C’est le travail qui fait le travail (…). Comment elle fonctionne ta société de rêve ? Que tout le monde est libre d’aller déjeuner au Ritz. Et que tout le monde a le droit d’être au chômage ? » Or la vérité communiste est de peu de poids lorsqu’Eléanor voit la maladie la gagner. Côté tchèque, c’est le sens de l’engagement qui devient problématique pour de jeunes intellectuels sensibles aux idéaux communistes, mais progressivement lassés de la rigidité des appareils et de la censure omniprésente.
Le rock en guise d’oxygène.
C’est donc la musique qui sert d’échappatoire. Au fil d’une bande musicale très rock, qui symbolise le temps qui passe et l’hédonisme venu de l’Ouest (Dylan, les Velvet Underground, les Beach boys, U2…), on sent dans Rock n’roll la brise démocratique qui souffle, durant toutes ces années, sur les pays du Bloc. Comme le rappelle Jan, « c’est pas seulement un besoin de musique. C’est un besoin d’oxygène ». À ce combat, beaucoup d’espoirs s’effondreront, et certains comme Jirous, auront les faveurs des cachots pour avoir insulté un type, au hasard, dans un café : « un mec l’a traité de grosse tarlouze chevelue. Jirous l’a traité de bolchevique chauve et manque de bol, le mec était de la police secrète ». Plus fondamentalement, Rock n’roll montre comment l’amour, la jeunesse ou la liberté font souvent les frais des idéologies en tous genres : que faire du rêve, de la mythologie et de l’éros lorsqu’on est matérialiste comme Max, qui déclare, imperturbable que « Le cerveau est une mécanique biologique qui produit la pensée (et qu’on) pourrait en fabriquer un avec, par exemple, des cannettes de bière » ?
D’un cut à l’autre, les années passent, douces-amères. Et le réveil des années 1980 est brutal : à l’heure du thatchérisme, Max a vieilli au centre d’un groupe qui semble désemparé. Les idéaux d’antan semblent bien loin et ont laissé place à la résignation. Esmé, trentenaire désabusée se souvient : « On était tous si beau. On irradiait de beauté ». Une jeunesse miraculeuse dont il ne reste plus que la musique.

Rock n’roll de Tom Stoppard - Traduit de l’anglais par Lulu et Michael Sadler, Actes Sud-Papiers, 112 pages, 15

D’un mur à l’autre Par Etienne Leterrier
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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