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Domaine étranger Avant Israël

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Thierry Cecille

En 1895, Kalvarisky, venu de Pologne, débarque à Jaffa : voici la Terre promise mais il faut désormais la conquérir.

La Maison Rajani

Au cœur du domaine Rajani, un adolescent solitaire rêve : son père, négociant palestinien respecté, doit, le plus souvent, s’absenter pour affaires, sa jeune mère se morfond, délaissée, la servante vaque aux tâches ménagères et les paysans travaillent la terre, comme ils le font depuis des siècles, avec la patience servile qui les caractérise. L’adolescent, lui, se perd dans son monde imaginaire, mêlant les désirs qui s’éveillent en lui, les images de la poésie orientale et des Mille et une nuits et les visions des djinns qu’il rencontre dans ces lieux secrets du domaine, où il cache sa mélancolie exaltée. Sa mère s’inquiète : non content de se renfermer ainsi, le voici qui couvre des pages et des pages de récits, de poèmes la folie, peut-être, le menace. Elle le conduit à Jaffa, chez un médecin, et là se produit le miracle : un Ange lui sourit, « d’un sourire paisible, généreux » désormais il ne sera plus seul. En vérité, cet Ange aux boucles blondes, « de belle apparence », est un juif, débarqué récemment, un « agronome » qui arpente Eretz-Israël à la recherche de terres à faire fructifier !
Alon Hilu s’inspire ici d’un personnage historique, Haïm Margaliot Kalvarisky mais les épisodes de cette histoire, aussi bien que le journal intime dans lequel Kalvarisky les raconte, sont totalement imaginaires comme sont imaginaires les pages qu’écrit, en parallèle, Salah, l’adolescent solitaire, mi-Rimbaud, mi-Hamlet. Ce duo fonctionne à merveille, le défi qui consiste à inventer deux voix distinctes est parfaitement maîtrisé : l’un oscille entre la froideur informative, l’enthousiasme du pionnier et, parfois, le cynisme qui naît des déceptions accumulées, l’autre développe des phrases amples, chatoyantes et complexes, qui tentent de dire son trouble, ses émois indistincts et ses souffrances. Nous pouvons suivre Kalvarisky dans les épreuves que lui réserve la découverte de ce pays à la fois farouche et plein de promesses, l’impatience le prend parfois face à ces arabes qu’il ne comprend pas, qu’il juge grossiers, attardés, esclaves de leurs traditions mais il n’est guère plus tendre envers ses coreligionnaires, dont il déplore la « conduite exécrable ». Nous sourions et compatissons à le voir se débattre entre sa femme, frigide et raide, et sa maîtresse, arabe sensuelle la mère de Salah, qui se donne à lui, au départ, en échange de l’affection qu’il offre à son fils ! Mais précisément Salah aurait voulu garder pour lui seul cet ange miraculeusement apparu dans sa vie, et, face à ce qu’il ressent comme une trahison (d’autant plus que son père est mort, et qu’il soupçonne un crime), il oscille dès lors entre la fascination mêlée de désir inconscient et la haine violente. Fiévreux, se débattant entre le mutisme et le délire, il est la proie de visions qu’il retranscrit ou qu’il raconte autour de lui (mais personne ne veut y croire), il se met à prophétiser : il prévoit la « catastrophe » qui s’abattra, « une guerre totale et terrible », « les gens de son peuple arabe réfugiés et assiégés dans leurs maisons », il s’effraie de la « chenille de feu » que détiendront les juifs. Il prédit, à la place des orangers et oliviers, des murs de béton, des immeubles de verre se promèneront là des « enfants à la peau claire, à la chevelure blonde, et leurs mères, à la peau dénudée » mais nul ne saura plus qui, autrefois, vécut en ces terres qui étaient les leurs. Kalvarisky tente en vain de l’aider, il ne peut percer ses secrets inextricables et préfère se consacrer à la réorganisation du domaine, chassant alors les paysans qui y survivaient jusque-là.
Salah, avant de se noyer dans les eaux où l’attendait depuis longtemps le « djinn aux yeux glauques », comprend alors que la prophétie s’accomplit, que la réalité va rejoindre ses pires cauchemars.

La Maison Rajani d’Alon Hilu
Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche
Seuil, 406 pages, 24

Avant Israël Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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