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Domaine étranger Nom de dieu !

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Dominique Aussenac

En deux ouvrages, Shalom Auslander règle ses comptes avec les pratiques religieuses. Aussi hilarant que paranoïaque.

Attention dieu méchant

La Lamentation du prépuce

Un homme doit-il ou peut-il tuer son propre enfant par amour de dieu ? Ce même dieu ne s’amuse-t-il pas de ses propres injonctions sous le prétexte d’éprouver ses fidèles ? En envoyant un ange, afin qu’Abraham-Ibrahim ne sacrifie pas Isaac chez les juifs, ou en créant une source providentielle dans le désert pour sauver Ismaël, le musulman, n’invite-t-il pas aussi au libre-arbitre ? Le sacrifice d’Abraham pose l’éternel problème de l’obéissance aveugle aux dogmes. De même, un enfant doit-il être obligatoirement circoncis pour entrer dans le cercle des croyants ? C’est dans La Lamentation du prépuce, roman réédité en poche, la question que se pose Shalom, futur papa. Il écrit, bricole dans des agences de com’, fume des pétards, se souille sur des livres pornos et passe le plus clair de son temps à angoisser. Son dieu va-t-il le punir ? Du fait de ses propres égarements, son fils va-t-il mourir à la naissance ? Quant à l’équipe de hockey sur glace de New York, qui n’a pas gagné le titre suprême depuis plus de cinquante ans, va-t-elle échouer si près du but, par sa faute ? -« Tu crois réellement que Dieu va faire perdre les Rangers si tu allumes la télé pendant le Shabbat ? s’est étonnée Orli. Sa naïveté était sidérante. - Je ne le crois pas je le sais ! Orli m’a passé un bras autour du cou. - Ils t’ont vraiment niqué la tête, toi, a-t-elle murmuré. »
Les niqueurs de tête, ce sont ses parents et le milieu juif ultra orthodoxe qu’ils fréquentent. La réponse qu’il donnera sur la circoncision de son enfant, déconcertera sa famille avec laquelle il rompra définitivement. Le roman alterne interrogations métaphysiques et réponses religieuses étriquées, longues descriptions de rites et d’interdits et bravades potaches, ressassements et dialogues vifs aux innombrables et cocasses reparties, notamment avec Dieu. Il dénonce avec un humour vif, acerbe, juif certes, mais assez trash, le conditionnement familial et religieux.
Une dérision grinçante jusqu’au pathétique.
Attention Dieu méchant, recueil de quatorze textes, révèle un novelliste hors pair qui joue avec l’idée de divin en le mettant en scène sous les formes les plus diverses. Il interroge sur le besoin impérieux de dieu de certains et sur ce prosélytisme, cette volonté de l’imposer à tous. Dans le cas de la religion juive, il se demande pourquoi elle est si contraignante ? Pourquoi doit-on empêcher les gens de vivre pleinement et les enfermer dans un carcan de codes, d’inquiétudes ? Pourquoi les verrouiller de l’intérieur et de l’extérieur ? Malgré la gravité du questionnement, l’humour s’y révèle encore plus dévastateur. Shalom Auslander débride créativité et imagination jusqu’au délire. Les nouvelles évoquent des êtres morts plus ou moins en attente au Paradis. Des animaux, des créations d’argile qui trouvent en l’homme leur dieu et inversent les dépendances. Elles mélangent textes sacrés, extraits de psaumes et évocations du monde moderne, communication, technologies. La nouvelle la plus croquignolette met en scène deux hamsters dans une cage, Donut et Beignet, propriété de Joe. Donut croit en lui comme en un dieu nourricier, Beignet est plus pragmatique, mais n’arrête pas de subir les récriminations du religieux. Problème : Joe ne réapparaît plus dans l’appartement et les deux bestioles n’ont plus rien à se mettre sous la dent ! Dans « Poulet sauce suprême », Yankel Morgenstern arrive au paradis et constate que Dieu est un poulet de dix mètres de haut qui picore dans un nid de diamants. Revenu sur terre, Yankel veut à tout prix transmettre au monde la Révélation du Poulet. Mission plutôt ardue…
Dans « Quelle horreur d’être créateur », Epstein, 37 ans, cadre pas vraiment supérieur, crée grâce à la dernière édition de La Kabbale pour les nuls, un golem. Un golem et c’est enfin le paradis sur terre ! Epstein est servi, vénéré par sa création. « Epstein est mon berger et Il pourvoira pour moi. Dans les vertes pâtures Il me mène, non loin d’eaux paisibles Il me conduit. J’habiterai la maison d’Epstein à jamais. » Mais deux golem, bonjour les dégâts ! Ils n’en finissent pas d’ergoter et se rossent en détruisant l’appartement. Ne trouvant pas la formule pour les supprimer, Epstein finit par s’enfuir de chez lui en catimini. « Kit de préparation à l’Holocauste pour ados » pousse le bouchon assez loin, sans jamais dépasser le mauvais goût. Mélange le futile, les effets de mode et de terribles souvenirs sans jamais se départir d’une dérision grinçante jusqu’au pathétique.
Deux ouvrages surprenants, cocasses, dans le sillage d’un Philip Roth ou d’un Woody Allen. Deux ouvrages courageux en cette époque où il est de plus en plus difficile d’apporter un témoignage critique sur les religions, où mécréants, laïcs, libres-penseurs sont systématiquement minorés ou taxés d’intolérance.

Shalom Auslander Attention dieu méchant Belfond, 160 pages, 18,50 et La Lamentation du prépuce, 10/18, 306 pages, 7,90 , traduits de l’américain par Bernard Cohen.

Nom de dieu ! Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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