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Théâtre La scène saigne

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Etienne Leterrier

L’iconoclaste Hervé Blutsch poursuit la publication de ses textes avec la parution d’un troisième volume de son Théâtre incomplet.

On pourrait croire qu’Hervé Blutsch est le nom d’un personnage de bande dessinée, et on ne se tromperait peut-être pas. C’est le nom qu’aurait choisi son auteur, Jean-Claude Suco, vrai-faux chroniqueur pour la radio, afin de montrer que tous les écrivains ne sont pas morts. Né en 1967, Hervé Blutsch a exploré des horizons différents et écrit sa première pièce en 1986, avant de travailler dans une entreprise de produits capillaires. Jean-Claude Suco, quant à lui, serait né vers le début des années 1990. Il aurait été copain de fac d’Hervé Blutsch, et vendrait aujourd’hui des voitures, dans l’Ohio. Á voir les deux récentes publications qui paraissent chez la jeune maison Voix navigables, on devine que notre homme aime par-dessus tout le jeu, les masques et la feinte.
D’abord publiés chez Théâtrales ou en « tapuscrit » par Théâtre Ouvert, les textes d’Hervé Blutsch ont été créés à la scène par Benoît Lambert ou Christian Schiaretti. On y trouve, de même que dans d’autres écritures contemporaines (Hubert Colas, Rémi de Vos…) la peinture d’un univers étrange et familier. L’incongruité, l’ultraviolence ou le loufoque y traversent les corps comme des champs de force, qui font s’entrechoquer des personnages désincarnés. De ce quotidien, Hervé Blutsch choisit de mettre en scène les références, les échappées absurdes, les imprévus, convoquant le pastiche, la folie, le grotesque, dans un théâtre sciemment tourné vers l’excès.
Dans Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche, Ervart soupçonne sa femme Philomène de le tromper avec « Antoine de Miragor ». Hervé Blutsch revisite le théâtre de boulevard afin d’en montrer la part inquiétante et morbide. Une tendance qu’après Jean Tardieu, plusieurs metteurs en scène comme Alain Françon ou Jean-François Sivadier ont récemment explorée. En campant un agent secret zoophile, une comédienne sans emploi, un majordome, une jument espagnole et un psychanalyste, Hervé Blutsch atteint une exubérance parfois efficace qui touche à la « folle gaieté » alors même que son théâtre semble fonctionner, autonome, au-dessus du vide.
Un homme a saigné sur Jean-Louis : couvert d’un sang indélébile, voici ce dernier transformé en schizophrène débonnaire, meurtrier présumé de ses enfants. Le sang sur Jean-Louis exprime aussi l’une des tendances du théâtre d’Hervé Blutsch qui fait du corps le lieu privilégié du surgissement du fantastique. Marques de sang, protubérances : le lien social, qu’il soit conjugal ou professionnel somatise ses crises de manière corporelle. C’est également ce qui arrive à Antoine. Dans cet étrange texte qu’est La Vie burale, il découvre qu’il abrite en son sein une étrange colonie d’individus qui ne sont autres que ses collèges de bureau. « C’est pas le travail… C’est mes collègues… Ils m’embêtent… (…) Ils ont poussé dans moi, et maintenant ils font n’importe quoi… En plus, ça fait un trou dans ma poitrine et dans mon ventre… Je suis envahi par un trou, papa, c’est un problème quand même, je n’ai pas du tout l’habitude de ça ». Mi-Kafka, mi-guignol, les textes d’Hervé Blutsch sont souvent suspendus ainsi entre grande bouffonnerie et hypothèse du pire.
Mais revenons à Jean-Claude Suco, dont les chroniques journalistiques fictives agrémentent la fin du Théâtre incomplet III pour révéler peut-être, la finesse satirique d’un auteur parfois encore un peu trop tenté par l’« hénaurme » dans son théâtre, lui qui avoue pourtant avoir pour ambition de « déRobuchoniser le théâtre contemporain ». Suco brille par l’ironie là où Blutsch est explicite. Suco parle du monde là où Blutsch semble chercher à le contourner. En somme, Suco semble vivre dans Blutsch, en parasite, en contradicteur. à moins que ce ne soit l’inverse.

Hervé Blutsch THÉÂTRE incomplet III et La Vie burale, Voix navigables, 304 et 80 p., 25 et 9

La scène saigne Par Etienne Leterrier
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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