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Théâtre Monstres en tête

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Laurence Cazaux

Le Menhir de Jean Cagnard est un conte où les corps finissent en pierre, en charbon ou en morceaux pour dire la violence de notre monde.

Jean Cagnard est un drôle de bonhomme. Il se présente : « La naissance en 1955, pas loin de la mer, tout près de la métallurgie. Plus tard, pas mal de petits boulots, rencontre avec l’écriture, bonjour, des chantiers de maçonnerie, tout en écrivant. Puis les choses prennent leur place, certaines disparaissent, au revoir, d’autres se fortifient, on élargit la vie, écrire est ce qu’il faut à tout prix. » Une pièce de lui est une météorite dans le paysage théâtral. Une météorite imposante comme un menhir cette fois-ci. Dans ce nouveau texte, un fils quitte tout, femme, enfants, boulot et campe à proximité de la maison de ses parents pour que son père lui parle. Mais comme « c’est un bocal, cet homme », le père (que l’on ne verra pas de toute la pièce) entre en silence. Seule la mère dialogue avec le fils. Ce dernier décide de rester le temps qu’il faudra. « Patient comme une pierre. En souvenir de nos vacances en camping en Bretagne, je vais faire le menhir. »
La situation de départ est connue, banale presque. Une dispute familiale avec en toile de fond, la délocalisation en Chine de l’usine de métallurgie. Mais Jean Cagnard décale ce conte cruel dans une vision à la fois poétique et politique. « Nous sommes beaucoup plus loin que ces petites histoires. Nous te détestons », explique la mère au fils en lui offrant des cadeaux. Une première fois de l’explosif, puis un bidon d’essence qui va lui servir à immoler son enfant. Ce dernier se transforme alors en menhir avec sa tête en flammes posée sur le sommet. Quant à la mère, elle part en morceaux. Elle perd une main d’abord, puis un bras, enfin sa tête qu’elle tient dans le creux de son bras unique. Elle finit dans la brouette, en tas, la tête au sommet du tas. « C’est encore un corps, certes désordonné, mais susceptible de soubresauts, de palpitations, sensible au confort et à la conversation » nous indique l’auteur dans une didascalie.
« Je donne dans mon écriture l’intelligence aux corps ».
Restent donc à la fin du Menhir le fils carbonisé et la mère en morceaux qui poursuivent leur dialogue sur le temps qu’il fait et le bonheur terrestre.
« Je donne dans mon écriture l’intelligence aux corps. Ce sont les porte-parole », raconte Jean Cagnard. Etre en morceaux, c’est la manifestation d’un état intérieur. Il arrive à tout le monde d’être décomposé. Là, la traduction est faite par le corps, ça se passe concrètement. " Le fils comme la mère perdent pieds, mains, bras et tête face à un monde destructeur où les usines se délocalisent, les maisons tombent en poussière. Même les cœurs et les sentiments des hommes se délocalisent dans des pays lointains.
La force de Jean Cagnard est de partir du quotidien et de basculer dans un onirique cruel et poétique. Il nous offre un théâtre de la métaphore, qui « cherche à dire sans dire précisément ». Nous sommes plongés dans un cauchemar terrifiant. Dans le même temps, les deux protagonistes regardent ce qui leur arrive dans une acceptation fataliste, ils sont spectateurs et acteurs de leur déchéance.
« J’entends dire parfois que mon univers est absurde ou surréaliste. Et je m’étonne à chaque fois car je me sens réellement terrien. C’est peut-être bien vrai finalement. Pourtant la base est tout à fait ordinaire, on peut la rencontrer dans la rue, dans sa cuisine, chez le voisin. Mais la métaphore possède ses focales propres, avec une sorte de satellisation intégrée qui peut s’apparenter aux rêves et à l’inconscient, eux-mêmes d’une trompeuse absurdité. »
Jean Cagnard veut faire gueuler nos monstres. Pour lui, « nous devenons des créatures émouvantes parce que notre obscurité nous rend lumineux. » Pour nous, sa lecture est comme un mouvement vital dans ce passage du noir à la lumière, du rêve au réveil, du conscient à l’inconscient.

Le Menhir de Jean Cagnard
éditions Théâtrales, 44 pages,11

Monstres en tête Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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