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Des plans sur la moquette Le train la bibliothécaire et les rats

novembre 2010 | Le Matricule des Anges n°118

C’était un soir assez banal, fatigue, torpeur. Les passagers somnolaient ou lisaient. D’un bout à l’autre du wagon, on ne voyait que des têtes baissées. J’étais avec une amie, une bibliothécaire que je venais de retrouver par hasard sur le quai, elle devait rester deux jours dans les parages et je venais de lui offrir l’hospitalité pour la nuit. Je me souviens qu’elle me montrait en riant une page de magazine où la SNCF se félicitait de l’exceptionnelle ponctualité du son trafic, alors que nous roulions au pas avec déjà vingt minutes de retard. Le train entrait dans une zone grise à la sortie d’une ville quand le premier projectile a cogné une vitre de notre côté, à quelques sièges devant nous, avec un bruit fort et sourd. Tout le monde a levé la tête, a regardé dans la direction du choc, où était restée une espèce d’éclat, personne n’a rien dit. Le projectile suivant a frappé de l’autre côté du train, avec le même bruit fort et sourd, et sur une vitre on a vu une fissure. Je crois que nous avons tous pensé que si ça continuait les vitres allaient exploser. Et il a commencé à y avoir comme des salves, plusieurs chocs en même temps des deux côtés à la fois. Toujours sans rien nous dire, nous avons tous compris à ce moment-là que ce n’était pas l’attaque sporadique de deux ou trois excités mais l’attaque en règle d’une horde déterminée. Mon amie s’était couchée en travers de mes jambes, tandis que j’essayais de voir par la fenêtre, mais tout ce que j’apercevais c’était un ballet d’ombres, des silhouettes debout sur des toits, alignées, presque régulièrement espacées, des gosses, on aurait dit, pas des tailles d’adultes, d’un mètre à un mètre cinquante, en longs rangs disposés sur les toits, qui à notre passage lançaient chacun son tour. Dans le wagon, certains étaient couchés sur leur banquette, d’autres carrément à quatre pattes dans la rangée centrale, mais personne ne disait rien. Comme si, au fond, ça ne nous étonnait pas, qu’on s’y était attendu, tous, plus ou moins, tôt ou tard, et bon, voilà, c’était ce soir. Les projectiles rebondissaient contre les côtés du train ou sur les vitres, et moi avec mon amie aplatie sur moi et ne pouvant pas m’empêcher d’essayer de voir dehors ces silhouettes qui remuaient à peine, mais pas moyen de bien voir, il faisait nuit et ma vitre était amochée, en partie opaque. Tout ça sur fond de tambourinements, les impacts fournis, presque réguliers. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, et puis, d’un coup, ça s’est arrêté. Il y a alors eu un silence, un calme étrange. Nous avons commencé à nous remettre assis, chacun sur son siège, comme avant. Personne n’a rien dit. Les vitres des deux côtés étaient dévastées mais personne dans le wagon ne semblait apeuré ou en colère. Juste un rien décontenancé. Et quand, arrivés à ma station, mon amie et moi sommes descendus, en même temps qu’un autre passager, nous ne nous sommes pas parlé. Simplement, avant de monter dans sa voiture, ce passager nous a demandé, presque en riant : Mais qu’est-ce qu’on leur a fait ?
Rien, m’a dit mon amie. On ne leur a rien fait, c’est ça. Nous étions alors chez moi, elle avait eu envie de prendre une douche et puis soudain avait dû penser à cette chose qu’elle devait me dire, et pour elle, telle que je la connaissais, une chose à dire ne pouvait pas attendre, primait sur tout le reste, et donc, alors qu’elle avait déjà commencé sa douche, elle a rouvert la porte de la salle de bains pour me parler de cet article qu’elle avait lu, écrit par un chercheur, au sujet d’une expérience qu’il avait menée sur des rats. L’idée de base était d’en maltraiter une dizaine, d’en bichonner dix autres, puis d’observer si ces régimes contraires avaient des conséquences sur les comportements des uns et des autres. Le chercheur disposait d’une boîte contenant vingt-sept rats. C’était trop, il a pris ses deux groupes de dix et en a donc laissé sept dans la boîte. Les premiers dix rats ont été placés dans un petit enclos où jour après jour ils recevaient des gnons, secousses. Les dix autres, dans un autre enclos, étaient caressés, choyés. Au bout des deux mois, le chercheur a pensé que l’expérience n’avait rien donné, il ne voyait pas de différence bien flagrante entre l’attitude des rats cognés et des rats dorlotés. Mais quand, dépité, il a voulu ranger ses vingt bestioles, qu’il a ouvert la boîte où étaient restés les sept en trop, ces derniers lui ont sauté à la gueule. Au final, l’expérience avait quand même prouvé une chose. Qu’on ait rossé ou câliné un être ne changeait pas notablement son comportement. Mais si on ne lui avait rien fait.

Le train la bibliothécaire et les rats
Le Matricule des Anges n°118 , novembre 2010.