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Domaine français Entre chien et loup

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Thierry Guinhut

Adepte du genre bref, et des réalités incertaines, Hubert Haddad rassemble joliment ses nouvelles du jour et de la nuit.

Nouvelles du jour et de la nuit : Jour

Coffret I : Le Cabaret de la mère folle, Le Souffle de l'agone, Le Soleil des scorpions, Un été vaudou, Le Jardinier et le faux nègre
Editions Zulma

Nouvelles du jour et de la nuit : Nuit

Coffret II : L'Inconnu du terminal Beaufor, Juliette avant la nuit, Le Robot mélancolique, Le Prince d'automne, Une voix de Babel
Editions Zulma

Il serait imprudent d’affronter, sur le terrain de la nouvelle, des pointures aussi mythiques que Nabokov, Ballard ou K. Dick, dont ont paru de fascinants opus complets. Ainsi, voir surgir aux étals des libraires un auteur français, dont on réunit plus de soixante récits en l’espèce inédite de deux charmants coffrets, présente un pari pour le moins risqué. Mais entre « jour » et « nuit », pour séparer le temps des lecteurs scotchés par l’addiction, on parcourt avec frénésie cette généreuse compilation, d’abord dispersée chez divers éditeurs, puis ici accompagnée d’inédits.
Le fantastique, récurrent, fascinant, nous emporte sans trêve vers de nouveaux avatars de la psyché, des opéras en miniature, même si parfois, le réalisme et une contemporanéité plus incisive se font sentir au détour de récits politiques qui évoquent de façon directe ou allusive l’occupation allemande, les dictatures meurtrières, réelles ou fantasmées : un pauvre paranoïaque se cache avant de tirer sur un camion de sacs de charbon, croyant y voir les troupes d’une tyrannie venues l’arrêter ; une géante écroule l’Empire State Building…
Ce sont des personnages pour le moins rêveurs, sinon complètement allumés : l’un croit « déceler des Titiens » dans les nébuleuses stellaires, l’autre rencontre « la matérialité incidente des mythes » en l’espèce d’une sirène pythonisse. On explore des paysages créés de toutes pièces où « Le Souffle de l’Agone » pousse un poète à publier une œuvre bientôt oubliée, et ressuscitée à la veille de ses cent ans, à condition que l’on lui montre ses seins, peut-être devenus vénéneux au point de pousser l’enquêtrice à un suicide trop poétique. Plus loin, les mystères d’éros culminent avec la « Femme invisible », prose d’une beauté raffinée, torride et plastique. Un érotisme parfois pervers, parfois idéalisant, parcourt ces femmes fatales, ces alter ego fantasmés de nos vies où « Des seins se démoulaient des ténèbres »
Nombre de protagonistes ont le goût des cirques, des théâtres, des fêtes foraines, où l’on se travestit, où l’on rit rose et jaune, où les voyantes sont pitoyables ou impressionnantes. Sont-ils des voyants au sens rimbaldien ? Comme notre auteur qui se glisse parmi des dizaines de narrateurs, voire de narratrices, ou parmi « le combat des siamois ennemis », explorant les abîmes des personnalités. Il apparaît soudain qu’Hubert Haddad est un initiateur à des univers parallèles : qu’il s’agisse de ses deux Nouveau magasin d’écriture ou de ces coffrets, le lire, c’est ressusciter en uchronie dans son île du « Miracle à Elcarim »…
Mais il est aussi, à l’instar de quelques-uns de ses héros et anti-héros, (parmi lesquels un égyptologue homonyme et embaumeur fou) une sorte de dandy qui affecte le « goût vulgaire de vivre ». En ce sens il a quelque chose d’inactuel, avec une affinité pour les auteurs romantiques, de Nodier à Hoffmann, mais aussi d’intemporel… L’écriture de ce styliste aussi séduisant que poignant, n’est jamais lourde ; la voici enlevée, précise, évocatrice, digne d’un raconteur d’histoires sans failles, sinon celles étonnantes du mystère. Pari tenu donc, ces nouvelles aux saveurs secrètes et aux clartés baroques trouveront leur place parmi un club d’ardents aficionados.
« De la scène à la rue sans même en soupçonner la frontière », c’est ainsi qu’Hubert Haddad fait circuler son art, fleuve d’histoires aux multiples bras, étranges, surnaturels, dangereux et sensuels… Comme un de ses personnages qui est chargé par une fantasmatique officine de la « gestion imaginaire des vecteurs de réalités », il affectionne cette irréalité qui ajoute une nouvelle dimension à notre monde. C’est à cet égard que le critique Jean-Luc Moreau inclut en 1992 notre auteur dans ce mouvement littéraire appelé « La nouvelle fiction française », où il côtoie Marc Petit ou Georges-Olivier Châteaureynaud. Car, pour notre écrivain, « la vie n’est qu’une pâte à songes »

Thierry Guinhut

Nouvelles du jour et de la nuit
Hubert Haddad
Zulma, 10 volumes en 2 coffrets, 30 chaque

Entre chien et loup Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
LMDA papier n°121
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