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Domaine français À perte de vue

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Richard Blin

Sauver un peu de ce qui disparaît, dire le précaire, le miraculeux, la mort, voilà ce qu’écrit Lambert Schlechter.

Des petits riens, des petits faits qui font la vie quotidienne, des choses vues, pensées, imaginées. Du fragmentaire, de la relation de sensations, des commentaires « à chaud » – ils sont faits de bouts de vie les livres de Lambert Schlechter, de ce discontinu qui fait la trame des jours, le murmure du monde et rend particulièrement sensible, comme le sang sous la peau, le filigrane du vivant.
Une vie où le bonheur de respirer et la merveille de vivre sont indissociables du chant funèbre, de ce fond de noir et de néant dont le silence inutile (La Table ronde, 1996) déjà modulait les brûlants arpèges. C’est la perte et la permanence qu’écrit Schlechter. « Dans l’acte d’écrire il n’y a pas, d’abord, désir de signification, mais seulement trace. » Alors, dans l’esprit des Papiers collés de Perros et des Petits traités de Quignard – et à l’image des Essais de Montaigne, « rapiécés de divers membres, sans certaine figure, suite ni proportion que fortuits » –, il juxtapose notes et réflexions, présentes et anciennes (ces dernières datées), crée des échos entre paperolles retrouvées et pages de carnet, met en résonance le lu et le vécu, exploite hasards et rimes entre présent et passé. « Je ne suis pas découvreur mais retrouveur. »
On voyage ainsi entre collines toscanes et dunes flamandes, petites choses et grandes causes, beautés de la nature et éclats de sensualité. On se promène dans les savoirs et dans l’Histoire (Katyn, Galilée, le chevalier de la Barre, la guerre du Golfe…), parmi les citations savantes ou scientifiques – elles fixent des jalons fondamentaux, elles « ponctuent et focalisent, elles me mettent en réseau » – et les interrogations de l’auteur sur la façon dont se constitue le savoir, notre savoir. Le tout sur fond de fascination devant le sexe de la femme et la beauté du corps. Ivresse des mots et des mains, somptuosité du corps et de l’acte sexuel. Car c’est aussi pour comprendre ce qui se passe entre un homme et une femme que Lambert Schlechter écrit. Pour essayer de dire l’énigme du désir, les mille facettes du manque comme celles de l’assouvissement, « l’extatique sidération du mâle devant la merveille du sexe féminin »L’Envers de tous les endroits, en somme, pour reprendre le titre du livre de poèmes qu’il publie aux éditions Phi, avec des dessins de Jean-Marie Biwer, parallèlement à La Trame des jours.
De la représentation du pénis dans l’art en passant par les mangas japonais, les estampes pornographiques – images printanières – des maîtres que furent Hokusaï, Utamaro, ou Eisen, sans oublier les nus d’Ingres ou de Modigliani, c’est l’éros au quotidien, la femme désirée, la femme qui se donne, les fredonnements et les gémissures du plaisir d’amour qu’il célèbre, et ce avec la même verve que celle qu’il met à louer l’économie de moyens d’un Omar Khayyâm, la manière d’Annie Dillard ou de Max Frisch, la musique de Bach – « consubstantiel à la substance de ma vie » – ou l’acuité d’un La Bruyère capable de résumer tout un traité sur l’art d’écrire en évoquant simplement l’art des épistolières : « Elles sont heureuses dans le choix des termes qu’elles placent si juste, que tout connus qu’ils sont, ils ont le charme de la nouveauté, et semblent être faits seulement pour l’usage où elles les mettent. »
Un livre écrit pour nouer le local à l’universel, pour dire la prodigieuse force du malgré – « malgré le malheur, malgré l’horreur, voici la tendresse, voici la beauté, l’infinitésimale tendresse contre l’omniprésent malheur ». Pour dire des choses simples, comme la stupéfaction désespérée devant la bêtise et la brutalité, comme le rôle de la présence, la magie du regard, la douceur de la peau. Un livre à l’écriture étonnamment libre, à lire en voyeur, en frère, dans la jouissance du futile ou de l’émerveillement devant la délicatesse de pétales printaniers des nymphes ouvertes…

Richard Blin

La Trame des jours
Lambert Schlechter
Éditions des Vanneaux, 248 pages, 18

À perte de vue Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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