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Domaine étranger L’épreuve par l’homme

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Anthony Dufraisse

Perte et disparition, deux expériences que l’Américain James Agee avait placées au cœur de son travail d’écriture.

Le Vagabond d’un nouveau monde

Annonçons d’emblée la couleur : c’est un livre absolument magnifique qu’Une mort dans la famille. James Agee, l’auteur, c’est avant tout, pour beaucoup, le reporter de Louons les grands hommes, immersion écrite et photographique (avec Walker Evans derrière l’objectif) dans le quotidien des journaliers de l’Alabama au temps de la Grande Dépression. Mais Agee c’est aussi une production éparse où l’on trouve des critiques de cinéma et des scénarios. Et donc quelques romans, dont celui-ci, abondamment autobiographique. Quand paraît le livre, en 1957, Agee est mort depuis deux ans. Il avait un cœur fragile qui ne lui permettra pas de dépasser 45 ans. En 1958, le livre reçoit le Pulitzer à titre posthume, une première dans l’histoire du prix.

James Agee en témoin.

Plongé dans la mémoire douloureuse de son enfance, Agee met beaucoup de lui-même dans Rufus, garçonnet-narrateur dont le père meurt subitement au détour d’une route. Sur le thème classique de la perte, voilà donc une variation à nulle autre pareille. Le drame qui survient bouleverse évidemment chacun des membres de la famille mais pas de la même manière. C’est cela, cette différence d’un être à l’autre, cette absorption variable du choc qu’Agee met en scène à travers une crise morale et une interrogation religieuse. Face à la disparition d’un être cher, chacun en effet a sa propre façon d’être : tel sera cuirassé par son fatalisme quand l’autre sera rendu lucide par cette béance soudainement ouverte au cœur. Oncle, tante, mère, sœur, chacun, autour du jeune garçon d’à peine 6 ans, va tenter d’apprivoiser ce malheur qui les frappe. Ainsi Mary, la veuve : « Elle pensa que jamais jusque-là il ne lui avait été donné de mesurer la capacité de résistance des êtres humains ; elle aima et révéra tous ceux à qui il fut donné de souffrir, et ceux-là mêmes qui n’avaient pas supporté l’épreuve. (…) Elle pensa que dans ces moments elle commençait à se connaître elle-même pour la première fois, et qu’à ce commencement de connaissance elle puisait un espoir indicible ». Cette évocation d’un milieu familial endeuillé fascine par les profondes réflexions qu’elle suscite. C’en est même vertigineux tant Agee met d’attentive passion à décrire les sentiments contradictoires qui agitent les personnages. Heureuse initiative, donc, que de publier ce récit qui permet de (re)découvrir un livre fort, livre de la rumination et de la contrariété, que portent en alternance un lyrisme et un sens de la psychologie tout à fait étourdissant.
Comme une invitation à mieux connaître les autres livres de cet auteur méconnu, on prolongera avec Le Vagabond d’un Nouveau Monde. Il s’agit d’un scénario que James Agee écrivit en 1947 à l’intention de Charlie Chaplin, « plus grand artiste de tous les temps, tous médiums confondus », dira-t-il de l’acteur dans une lettre. C’est à lui et à lui seul qu’il pense quand il imagine cette histoire qui devait transposer à l’écran une réalité encore toute fraîche, celle de la bombe atomique. Ce scénario, jamais tourné, rappelle par sa démarche nombre de ces films post-apocalyptiques dont Hollywood, plus ou moins bien inspiré, nous gratifie à intervalles réguliers. À la fois instrument et témoin, ce vagabond censément joué par Chaplin, se retrouve, après une explosion sans précédent, au cœur d’un affrontement entre deux communautés de survivants, « Scientifiques » d’un côté, « Humanistes » de l’autre. C’est à lire pour comprendre la vision qui tourmentait Agee quant au devenir de la condition humaine soumise à la toute-puissance de la Technique. « Ce que la civilisation contemporaine a de plus tragique, de plus grotesque, de plus suicidaire », c’est cela que ce manuscrit voulait traduire en images.

Anthony Dufraisse

James Agee
Une mort dans la famille,
Traduit de l’américain par Jean Queval
Christian Bourgois, 445 pages, 8
Le Vagabond d’un Nouveau Monde
Traduit de l’américain par Pauline Soulat
Capricci, 162 pages, 13,50

L’épreuve par l’homme Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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