La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Beauté sans nom

avril 2011 | Le Matricule des Anges n°122

De Méduse aux transis, Claude Louis-Combet poursuit – insatiable, dévorante – sa quête des figures de l’excès.

Des transes et des transis

Chez Claude Louis-Combet, rien d’infigurable, rien d’inénarrable, rien d’innommable. Son œuvre – se développant aux confins de l’intelligible et du sensible et dans les marges des légendes et des mythes – ne cesse de nouer l’intime à l’étrange, l’extase à la déréliction, et n’est que mise en scène et en langue des configurations vertigineuses des antinomies de la chair et de l’esprit, du désir et de la fascination, de la souffrance et de la jouissance. Ainsi, tout ce qu’on tient d’ordinaire éloigné de la vue, il nous le montre, le transforme en source d’épiphanies, comme en témoignent à nouveau, aujourd’hui, Gorgô et Des transes et des transis, deux opuscules montrant, pour l’un, la beauté dans toute son horreur, et pour l’autre, l’horreur dans toute sa beauté.
Dans Gorgô, Claude Louis-Combet revisite le mythe des Gorgones, s’intéressant plus particulièrement à celle des trois sœurs qui porte le nom de Méduse, celle qui unit en elle la Belle et la Bête, et dont le regard attire, fascine, et tue. « Posséder par les yeux, c’est déjà posséder par le sexe et c’est la mort aussitôt, sans palabre ni rémission. » Une double nature de ténèbres et de séduction que Claude Louis-Combet approche poétiquement, en s’attachant à la façon dont elle participe de deux mondes, appartient « à la vivante matière du monde et des origines », incarne la luxuriante sauvagerie de l’animalité élémentaire, et la monstrueuse intrication de la mort et du désir ramassée tout entière dans le blason de son sexe.
Cette « femme animale, haut lieu du sexe, génie de l’hybridation, ramassis de haine et d’amour », il l’amène à la transparence des mots et des images. De ce corps construit autour du sexe, de ce point du vivant qui polarise tant d’obscures émotions, de ce point d’enténèbrement et d’illumination qui condense l’essence charnelle, florale et animale du corps et de l’être de la femme, il dit la puissance d’envoûtement, la monstruosité fascinante, la vie jaillissante.
On sent qu’il aimerait exonérer ce monstre féminin de la charge d’angoisse qui lui est associée, en la ramenant à une sorte de figuration de la nature désirante en son état de pulpe, en son pur excès de désir et de plaisir, et ce, par-delà, ce qui la comblait, elle, « et la faisait longtemps saliver dans le ressassement de son plaisir », à savoir l’épouvante de l’homme en proie à son regard, « un regard dont la subtilité perverse n’était pas d’annihiler les forces de la victime, mais au contraire, de réveiller l’énergie sexuelle et de la pousser au paroxysme de l’ithyphallie ». Mais Persée la tuera, éliminant, du coup, « la fertile angoisse qui pousse à la création et aux magnifiques excès de la folie et de ce qui serait, un jour, la sainteté. »
Aux noces extatiques du sexe et de la mort font écho les noces du corps et de la terre, les affres de cette sorte de coït post-mortem des corps soumis à l‘étreinte macabre, et dont les proses poétiques réunies dans Des transes et des transis accompagnent le retour à l’origine. Ces transis sont ceux que – « pour le plus grand scandale du bon goût, comme pour celui du néo-conformisme de l’art ludique et conceptuel » – sculpte Félix de Recondo. Bien loin des gisants, « pudiquement allongés sur la pierre tombale », mains et jambes serrées et revêtus de leurs plus beaux atours, les transis sont nus. Ce ne sont pas seulement des morts mais des cadavres exhumés, à la chair démantelée, donnant l’impression « d’une solitude sans issue dans une douleur qui ne s’est pas encore achevée ». Une errance au cœur des formes de la déréliction finale, parmi la « beauté ravageante, accusatrice et foratrice » dont les transis, dans l’horreur de la béance et de la pantelance, incarnent l’expression aussi exorbitée qu’irrécusable.

Richard Blin

De Claude Louis-Combet :
Gorgô
Galilée, 72 p., 16
Des transes et des transis
Dessins et photographies de Felix de Recondo
Fata Morgana, 48 p., 11

Beauté sans nom
Le Matricule des Anges n°122 , avril 2011.
LMDA papier n°122
6.50 €
LMDA PDF n°122
4.00 €