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Poésie Minutes de silence

avril 2011 | Le Matricule des Anges n°122

A l’indicible, Isabelle Garron oppose des formes qui résistent par leur rareté.

A première vue, un recueil (à la belle couverture), de poèmes tendus, attentivement biseautés de bas en haut, au verbe parcimonieux. Mais non. Ceci n’est pas un recueil : les textes réunis forment un tout, non seulement en enchaînant quelquefois l’un sur le suivant, mais surtout parce qu’ils traduisent tous ensemble une nébuleuse d’expériences – celles d’Isabelle Garron elle-même, pense-t-on – qu’a engendrées « celle qui est venue prendre corps » (page dernière du volume) et dont le titre nous apprend que le « corps fut ». Une venue au monde, donc, et une disparition précoce, qui confèrent une dimension narrative – cependant discrète et erratique – à un livre qui parvient à l’art consommé de la retenue, tant il est vrai qu’un tumulte d’émotions affleure tout juste de ses pages, sans rien trahir ni bazarder.
En effet (comment parler quand « . tu n’es plus// dans ma vie ni moi dans la mienne ») l’auteur (née en 1968) travaille les valeurs du silence et du blanc davantage que celles de la parole et du plein, en dépouillant à l’extrême le langage, et contraignant la forme du poème qui va s’amenuisant. La discrétion et la pudeur sont ici si déterminantes que le lecteur met longtemps à saisir la logique narrative du volume, sans que cela nuise à son plaisir de lecture ; seulement, les séquences telles que « . vraiment] étais-je en vie ces jours radieux sachant qu’au fait/de l’an tout s’infirmerait : ton corps notre// chambre de quelques jours » ont besoin d’être relues une fois connue la fin, afin d’être pleinement entendues. Même dans les textes faisant référence à des moments avant la naissance, Isabelle Garron se place a posteriori de l’événement (le temps passé est alors souvent de mise), et inscrit dans des vers lapidaires des parcelles de son vécu souvent restées pour le lecteur encloses dans leur mystère ; qu’il emporte telles quelles pour leur beauté de brute pierre précieuse. Brute mais néanmoins coupante, le long de son arête droite, plus ou moins abrupte ou incurvée ; en effet l’auteur reprend inlassablement l’apparence triangulaire de son poème, d’un haut large vers un bas immatériel, étirant ou fractionnant la matière langagière, et organise le vers en jouant des transparences et des syllabes : « qui mesure le flux des/signes qui déroute/les trop pleins/sur l’arête/de la li/gne ».
L’opacification gratuite n’est par pour autant un procédé de l’écriture, pas davantage que la cause tragique ne transparaît à chaque page, et loin de là ; certains textes sont lumineux et opalescents, et traitent de « choses de la vie », notamment de l’amour ou du voyage : « . cette nature orange// notre amour et ses plis. sur le balcon/contre ta cuisse l’arôme suave// d’un alcool de pays ». Car c’est aussi une poésie qui ne craint pas le concret et le détail sans pour autant les fétichiser, et atteint à l’admirable simplicité pour exprimer la part matérielle du monde : « des silhouettes dansent parmi les vieilles chiffes/l’eau sale des bassines où la fiction va/opère. ou la forme de la terre/flotte contre les parois// dans la matrice l’acidité de l’agrume ». Mais on demeure surtout saisi par l’extraordinaire puissance des vers qui parlent (au présent) de la naissance elle-même, par cette efficience que l’on expérimente d’une ou deux dizaines de mots simples et brefs que seule la poésie peut porter à ce niveau de capacité évocatrice, descriptive et émotive : « et ton front diurne/qui s’avance// déjà m’éblouit// ton corps entier dans le voyage ». Les quelques références indirectes à l’enfant – désignée le plus souvent par le pronom tu et non par elle – sont chacune neuves et pleines, et exemptes d’emphase : « elle qui sera dans le reflet des vitres/des wagons-lits », puis « ma petite fille dort et nous irons plus avant/goûter l’arête courbe du vent frais/dans le poirier l’odeur mixte// du regain », bien plus loin : « avant nous elle s’est éteinte/nous laissant y réfléchir ». Et aussi, très en amont dans le livre ce qui en limite l’effet terrifiant : « ce trou creusé pour toi/à la hâte dans la terre/de fin juillet ». Une lecture-expérience, que l’on renouvelle.

Marta Krol

Corps fut
Isabelle Garron
Flammarion, 268 pages, 19

Minutes de silence
Le Matricule des Anges n°122 , avril 2011.
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