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Poches La terre et les hommes

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

Avant Vie et destin, Vassili Grossman consacre déjà un millier de pages au sursaut épique et salvateur du peuple russe : la bataille de Stalingrad.

Vie et destin constitue la suite de Pour une juste cause. Le premier roman, centré sur la famille d’Alexandra Vladimirovna Chapochnikova, se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale. Le second reprend le récit de leur vie en 1942, tandis que de nouveaux héros apparaissent » – ainsi le lecteur était-il averti, dès la première page de l’édition française de Vie et destin, en 1980. Même si cette lacune ne gênait en rien la lecture, l’interrogation demeurait : que contenait ce premier volume, pouvait-il rivaliser avec le chef-d’œuvre qui nous parvenait, lui, après de multiples écueils et aléas ? Le manuscrit, en effet, achevé en 1959, avait été confisqué par le KGB : condamné au silence, Grossman mourut en 1964 sans deviner que son roman paraîtrait d’abord en Occident et devrait attendre 1988 et la perestroïka pour enfin atteindre les lecteurs russes. Le précédent qu’avait constitué Pour une juste cause aurait dû cependant le rendre plus prudent : publié en 1952 dans la prestigieuse revue Novy Mir, il subit les foudres du régime peu après et, précise Luba Jurgenson, « seule la mort de Staline sauve alors l’auteur d’une répression imminente ».
Nous avons du mal à comprendre l’intransigeance de la censure : si l’on compare ce volume au suivant, nul doute que le patriotisme, l’éloge du moins du peuple russe et de son courage, se trouve au premier plan – de même qu’un certain nombre de louanges du système soviétique dans son ensemble, des miracles de l’industrialisation à l’égalitarisme imposé, de la généralisation de l’instruction à la nouvelle dignité accordée aux prolétaires. Mais il est vrai que la figure du généralissime Staline apparaît en revanche fort discrète – et les retours en arrière (puisque l’intrigue se concentre ici sur le printemps et l’été 42) sur l’invasion allemande de l’été 41 montrent le pouvoir en proie à l’impréparation, cédant à l’affolement. Par ailleurs la comparaison entre les deux formes de totalitarisme – nazisme et stalinisme – qui sera un des axes majeurs de Vie et destin, n’est pas du tout présente ici : on trouve seulement d’assez rares allusions (que des notes en bas de page doivent nous préciser) à la dékoulakisation et aux crimes et famines qu’elle engendra, ou aux grandes purges qui précédèrent la guerre.
L’ambition de Grossman est ici plus prudente et mesurée – même s’il s’agit de rien moins tout de même que de rivaliser avec Guerre et paix ! Et l’on peut estimer que le défi est relevé : comme Tolstoï, Grossman passe avec aisance de peintures épiques de batailles à l’évocation de scènes familiales intimistes, du récit empathique de la première journée au front d’un jeune lieutenant à un portrait enlevé d’Hitler, dont la force, d’après lui, naquit de l’accumulation des échecs. Les notations psychologiques les plus fines, les dialogues pleins d’humanité (sans doute faut-il saluer une fois de plus le travail de Luba Jurgenson) se mêlent à des pages d’un lyrisme chaleureux, chantant l’unité profonde de la terre russe et de ses habitants, la manière dont les éléments répondent aux hommes, s’unissent à eux, avant que la guerre, tel un cataclysme, vienne détruire ce mariage toujours fragile. Pas d’héroïsme grandiloquent ici – mais la volonté, la bonté, la joie de vivre, l’amour et l’espoir qui s’acharnent à affronter les forces de destruction : sans doute Stalingrad, pour laquelle vont mourir des centaines de milliers d’hommes, est-elle le symbole de cette humanité qui résiste, et finit par vaincre.

Thierry Cecille

Pour une juste cause
Vassili Grossman
Traduit du russe par Luba Jurgenson
Le Livre de Poche, 1051 pages, 11

La terre et les hommes
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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