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Domaine étranger Sèmes de chasse

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

Dans les sept nouvelles de Juan Gabriel Vásquez, des personnages affrontent les fantômes des autres.

Les Amants de la Toussaint

Juan Gabriel Vásquez délaisse la Colombie tourmentée de son premier roman (Les Dénonciateurs) et le Panama fantaisiste de son deuxième (Histoire secrète du Costaguana), pour planter le décor automnal des Amants de la Toussaint. C’est entre les brumes des Ardennes belges et un quartier sombre de Paris que ses nouvelles déplient leur univers fragile. Rien d’exotique dans ce recueil sur le huis clos des âmes ; rien de romantique ni de gothique, contrairement à ce que suggère le cliché trompeur du titre. Crues, infiniment délicates, les sept histoires de Gabriel Vásquez démontrent la très grande maîtrise de l’auteur, et son habileté à se glisser dans un genre ou un autre.
Citant Tobias Wolff, selon qui « un recueil de nouvelles doit être comme un roman dont les personnages ne se connaissent pas », l’écrivain fait se frôler des personnages aux peurs communes et au même désir incertain, dans un espace à la lisière d’un foyer et d’une forêt.
Qu’ils ne veuillent pas s’attacher ou qu’ils n’en finissent pas de se détacher, qu’ils soient sur le point de se quitter ou qu’ils se soient déjà quittés, ceux-ci sont réunis par la même angoisse non pas tant de la rupture (amoureuse ou non) que de l’abandon. Deux hommes passent une nuit éprouvante avec une femme en deuil qu’ils ne connaissent pas, un écrivain ne décroche pas le téléphone, une ancienne détenue revient sur le lieu qu’elle a tant aimé du crime…
Entre deux personnages, un tiers agit toujours comme révélateur ; entre eux passe une frontière qu’un lieu cristallise. S’installe un fantôme, une obsession, quelque chose de plus matériel qu’un remords et de moins perceptible qu’un discours. Des scènes ou des motifs de chasse sont les contrepoints privilégiés de la narration intime. Une truite agonisant sur une berge, un faisan blessé qui s’égare… Présages délestés de leur signifiance magique ou simples images dans le tapis, ils donnent au livre sa coloration légèrement inquiétante, subtilement décalée. Juan Gabriel Vásquez excelle dans l’art de raconter les peurs quotidiennes et de mêler la trivialité aux pensées vagabondes. Il parle aussi bien de « cette expectative si particulière qu’est l’attente d’un appel téléphonique, une attente moderne sans doute plus angoissante que celles de la littérature romantique, car rien n’est plus brutal qu’une sonnerie capable de vous faire basculer en moins d’une seconde du bonheur vers la perte. » que d’un nom propre coincé entre les dents d’un personnage « comme une graine de framboise à la fois agréable et gênante ». Dans une langue limpide (il faut saluer au passage la traduction d’Isabelle Gugnon), il n’a de cesse de jouer sur les pronoms et l’ambiguïté des référents.
La question, toujours en péril, de l’adresse (à qui ? vers qui ? pour qui ?) est peut-être la trame essentielle des Amants de la Toussaint. Plus que sur le ressort du malentendu ou du non-dit à proprement parler, c’est sur l’énigme irréductible, inaliénable, des êtres, que Juan Gabriel Vásquez bâtit son recueil. Des mots et des gestes, des dons et des abandons. Quels sont les mystères à ne pas froisser, quelle est la marge étroite, toujours mouvante, dans laquelle des solitudes peuvent se dissiper, un instant ? Quelle peau peut-on délaisser, un jour de grand vent ? Qu’est-ce qui se partage et qu’est-ce qui rompt irrémédiablement un charme ?
Les héros des différentes nouvelles ne sont pas nécessairement des « taiseux » ou encore des « écorchés de la vie », selon l’agaçante formule ; ils cherchent plutôt à préserver l’intégrité d’un territoire dont ils croyaient avoir fait le tour. Désarmés, leur rêve à tous pourrait être celui de l’île de Grimsey, qui donne son nom à une nouvelle : « Elle est tout le temps éclairée par le soleil et on peut rester dehors, faire des choses. Ne pas penser. Bavarder avec quelqu’un. Que peut-on vouloir de plus dans une journée ? Penser est terrible. Tous ces fantômes, ce qu’on a fait, ce qu’on a cessé de faire. »

Chloé Brendlé

Les Amants de la Toussaint
Juan Gabriel Vasquez
Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon
Seuil, 201 pages, 18

Sèmes de chasse
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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