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Domaine étranger Contes de l’ici-bas

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

Dans un récit inédit aux allures de poupées russes, Mark Twain saisit la face grimaçante d’une humanité cruelle et corrompue.

N°44 : Mysterieux étranger

De Mark Twain (1835-1910), l’opinion publique s’est évertuée à retenir l’image du père de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Elle connaît sa propension naturelle aux traits d’esprit foudroyants et autres saillies verbales à l’encontre de l’ordre moral. La dernière décade de son existence lui offrira l’occasion de s’adonner à ce qui allait devenir un exercice philosophique et stylistique d’une importance capitale au sein même de son œuvre. Numéro 44, le mystérieux étranger, fruit du travail des éditions Tristram et du traducteur Bernard Hoepffner, doit donc s’envisager comme une histoire tout à la fois fabuleuse et farcesque, parodique et légendaire – un récit délicieusement pamphlétaire et sardonique. Il s’agit du récit des pérégrinations d’August, apprenti imprimeur dans un village autrichien, au début du seizième siècle. Les premières lignes du texte dévoilent ainsi la dimension corrosive du conte proposé par Twain : en cette période, « l’Autriche était très loin du monde, et endormie (…). D’aucuns la plaçaient même des siècles et des siècles en arrière et disaient que d’après l’horloge mentale et spirituelle, c’était encore l’Âge de la foi ». Et le narrateur d’insister, avec une candeur qui peine à dissimuler la satire : « l’Autriche était loin du monde (…) et notre village était au centre de ce sommeil, car il était au centre de l’Autriche ».
Dans cette torpeur, le père Adolph s’occupe de mener les troupes au pas, laissant planer au loin le spectre du bûcher et de l’excommunication destinés aux hérésiarques. C’est dans ce contexte que l’écrivain porte l’estocade à l’encontre des institutions religieuses aux exégèses tronquées. Comme chez Léon Bloy ou Voltaire, il s’agit chez Twain de dénoncer les dérives du sens commun, la faillite de cheminements hypothético-déductifs qui sont le sel de la transparence feinte comme de la spéculation. En somme, la prémisse d’une condamnation. Dans l’intimité des personnages, le lecteur assistera ainsi à la disgrâce spirituelle, puis à la déchéance physique de familles sous l’inflexion tyrannique du père Adolf. La débâcle des croyances s’opérera même à flanc de coteau, au sein du château abritant l’imprimerie dans laquelle travaille August. Un endroit situé au bord du précipice, qui cristallise le fossé abyssal opposant l’Eglise et le peuple – obsession d’une institution œuvrant de toutes ses forces afin d’éviter « une dispersion inconsidérée du savoir ». Mais le château va devenir lui-même le lieu d’événements miraculeux ou diaboliques. L’arrivée du « Numéro 44 » – ainsi que le jeune mendiant prétend s’appeler – déclenchera peu à peu l’hystérie des différents ouvriers et des habitants – tous au service du maître et de sa femme. Le moment, pour Twain, d’explorer la peinture morale et l’art du portrait balzacien. L’orgueil du nom, la représentation sociale et le ressassement des intérêts financiers – voilà autant de verrues sur le nez des personnages, sur lesquelles l’auteur aime à insister. Il usera pour cela des codes de la parole conteuse et des légendes. Car à partir des pouvoirs surnaturels du « Numéro 44 », le récit déploie autant de tiroirs à double-fonds, venant rappeler au lecteur l’infinie ramification inhérente au merveilleux. C’est qu’il s’agit de voir les miracles s’opérer, les magiciens devenir les génies du lieu comme pour réactiver le thème de l’étranger. Un divin drôle à l’ingénuité démoniaque qui, pour solde de tout compte, léguera à la communauté de monstrueux épigones.
Que reste-t-il alors d’original, une fois l’humanité débarrassée de son orgueil patenté de démiurge tout-puissant ? Une question volontairement laissée en suspens, car si Twain vient à connaître la réponse, il sait mieux que quiconque la limite des archétypes.

Benoît Legemble

N°44 : Le Mystérieux étranger
Mark Twain
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et postfacé
par Bernard Hoepffner, 281 pages, 20

Contes de l’ici-bas
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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