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Poésie Élargir le cercle

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

L’espace, le chemin, le mouvement, l’ouverture au monde, Kenneth White poursuit ses déambulations géopoétiques.

La Carte de Guido : Un pèlerinage européen

Les Archives du littoral

S’espacer, s’universaliser, retrouver le chemin du primordial ; se régénérer aux sources de la vigueur, au contact de l’origine de notre culture, quitter ses pénates et aller voir ce qui se passe – et se pense – ailleurs, Kenneth White ne cesse de le prôner et de le mettre en acte, frayant sa voie entre le proche et le lointain, le moi et le non-moi, le nomadisme intellectuel et l’exil créateur. Et ce, au bénéfice d’une œuvre faite de récits et de cheminements, de poésie, d’essais et d’entretiens.
Né en Écosse, en 1936, mais habitant la France depuis la fin des années 1960, Kenneth White est l’initiateur du mouvement géopoétique, une manière d’être au monde passant par une forme de pensée poétique nourrie autant par la force fertilisante des logiques anciennes – médiévales et celtiques – que par l’érotisme cosmique et la sagesse des philosophies asiatiques ou orientales. Il s’agit de sortir de nos clôtures mentales, d’un mode de penser trop linéaire, au profit d’une vision esthétique du monde, d’une poésie du dehors, de l’élan d’une pensée qui ouvre un espace, déploie un jeu d’énergies, aide à retrouver la saveur primordiale de la vie. Une façon d’« être ouvert à l’ouvert / dans l’ouvert » dont témoigne un nouveau recueil, Les Archives du littoral, une sorte de livre de bord d’une longue itinérance à travers l’Europe, le Pacifique Nord, avec retour aux côtes d’Armor en passant par le Japon et l’Alaska. « Là où nous sommes / il n’y a presque rien // puisque tous les ans la glace / racle le rivage / rien ne vit entre les laisses // mais se tenir à l’écoute / sur la pierre et dans le vent / c’est percevoir une tonalité lointaine / qui enchante l’esprit. »
Une poésie dominée par le primat du réel, la sensation sans cesse renouvelée d’un espace sans parole où circule la force errante du vent, où passent les oiseaux migrateurs, où l’instant est donné dans sa fraîcheur et son intemporalité. Des moments nus, marqués par le bonheur d’avoir été là, dans un silence hors du temps, au plus près de la vie immédiate et de la beauté brute. Un rapport sensuel à la terre, à l’océan – « pure métaphore / pour panique, anarchie et chaos » –, aux lieux comme révélés dans leur vérité et éprouvés dans leur présence. Une façon de s’ouvrir à l’essentiel, d’être attentif à la respiration d’un site, d’être sensible aussi à la géographie mouvante des identités, au voyage dans d’autres espaces mentaux.
Une forme de nomadisme et d’écriture qui privilégie la rencontre avec des lieux toujours perçus comme des présences, qui porte à développer une expérience autre de la terre et de la vie, à la fois physique et métaphysique. Voyages, vagabondages, obéissant à la logique discontinue du désir, au flux des faits, à la quête de quelque lumière comme à celle de traces ou d’échos du passé, et dont La Carte de Guido et autres pèlerinages européens nous donne un riche aperçu. Kenneth White y dresse la cartographie lyrico-poétique de ses errances passées ou présentes. On le suit dans Glasgow, sa ville natale, à Munich, en Belgique, à Bilbao, dont il déteste la culture style Guggenheim, dans la byzantine Venise, à Trieste, au Monténégro, en Croatie, à Stockholm. On y croise Élisée Reclus, l’anarcho-géographe qui avait un sens charnel des rapports entre l’homme et la Terre, Thomas Hardy, John Ruskin, Proust, Joyce, Rilke, Strindberg. On passe de la géographie physique à la géographie mentale, on marche, on flâne, on sirote du whisky, on déambule à la frontière de l’histoire et de la poésie, comme poussé par une sorte d’urgence existentielle et par le désir d’être totalement présent à ce qui est. Un art de vivre que Kenneth White évoque dans une prose sobre ou d’une manière plus fragmentaire, « au moyen / d’une musique sans mélodie », dans ses poèmes. « Comme toujours / une question de lieu, de force et de forme… »

Richard Blin

Kenneth White
Les Archives du littoral
éd. bilingue, Mercure de France, 224 pages, 17,50
La Carte de Guido
Albin Michel, 224 pages, 19
Tous deux traduits par Marie-Claude White.

Élargir le cercle
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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