Une jolie petite chose que cette édition bilingue de poèmes, ou plutôt de poésies, tant est simple, joyeusement naïve, et fraîche sans une ombre d’artifice, la parole qui s’y égrène. C’est assurément une femme qui dit je, – on croit même à une jeune femme –, et elle parle à cause de l’amour qu’elle éprouve (surtout) et qu’elle reçoit. Morte en 1945 et largement reconnue de son vivant, la poétesse allemande Else Lasker-Schüler pratique une écriture lyrique, abondant de métaphores où elle convoque astres, étoiles, cieux, roses écloses et scintillements. Cependant, son lyrisme n’est pas chargé : la phrase, elle, demeure sans fioritures, en son plus simple appareil syntaxique. Le motif préféré est, de loin, or ; d’or est la nuit, le rire, le souffle et le pré de ton corps. C’est pourquoi le lecteur ne manque pas de s’étonner quand, de temps à autre, quelques vers viennent interrompre cette perfection édénique d’une affirmation de soi conflictuelle : « Que cela s’emmêle, / Vous harcèle… / M’enfouir / Vers moi » sinon douloureuse : « Vois mon visage arpenté ». Une voix douce à inflexions multiples.
M. K
Secrètement, à la nuit
de Else Lasker-Schuler
Traduit de l’allemand par Eva Antonnikov
Héros-Limite, 77 pages, 6 €
Poésie Secrètement, à la nuit
octobre 2011 | Le Matricule des Anges n°127
| par
Marta Krol
Un livre
Par
Marta Krol
Le Matricule des Anges n°127
, octobre 2011.
